Livres - BD

A lire le très sérieux et très documenté chroniqueur de politique étrangère dans "Dimanche" et ses articles de réflexion ailleurs, qui se douterait que Louis Mathoux développe aussi un univers poétique qui n’a rien de lénifiant ? Oui, un univers ! N’essayez pas de le définir : entrez-y. Il se compose et se développe avec une sûreté progressive, surtout depuis 2002, sous les titres de "Croire au feu", "Gisement de cri", "Le rire des succubes", "Les lettres nues". Les principaux acteurs s’y donnent de terribles rendez-vous : Dieu, Isabelle, et l’auteur, en un trio infernal. On rit, et on ne rit pas. Car tout, ici, dans un langage hyper quotidien, où seules les situations créent la poésie, et nous envoient à la figure le rire énorme de la vie juste avant la pluie des pleurs.

Les personnages symboliques de Mathoux engendrent les conflits qui nous révèlent à nous-mêmes. Personnages dont les parcours s’établissent sur nos schémas spirituels et matériels, nos croyances, nos actes de foi, nos dérives humaines, nos courages aveugles, nos questionnements naïfs, nos irréductibles erreurs de jugement ou d’espérance. Le personnage récurrent d’Isabelle est celui d’un univers inatteignable, au sein d’une féminité inapprochable. Et l’omniprésente entité de Dieu exacerbe la notion des paramètres sur lesquels étaient réglés les jours et les nuits, comme aussi le mal et le bien. Et tout ce qui rendait cohérent l’univers. Puisque maintenant tout s’y mélange sans permission, l’homme apprend ainsi au Créateur à regarder l’Homme comme un personnage qui lui devient étranger, façonné et gouverné par ses propres délires. Mélange, constamment inattendu, des situations où la mort, le désespoir, le bonheur, l’espérance passent par les éléments les plus quotidiens, mais hachés menus. Une grande fable dans une ubiquité de petits chapitres. Où l’auteur se révèle à la fois comme un poète blessé et un délirant conteur.

Le livre des blasphèmes Louis Mathoux, photos d’Eléonore Wack Le Somnambule équivoque 80 pp., env. 12 €