Livres - BD

Les héros ne meurent jamais. L’adage est bien connu et ne date pas de Lapinot. Mais ceux qui ressuscitent sont plus rares, voire exceptionnels.

Car précisons-le d’emblée : par résurrection, nous n’entendons pas les relances ou reprises de héros ou séries d’antan pour des raisons commerciales - des Schtroumpfs à Corto Maltese, en passant par Blake et Mortimer, Lucky Luke ou Alix, pour citer les cas emblématiques de héros ayant survécu à leur(s) créateur(s). Plus rares sont les personnages de bande dessinée laissés pour morts et qui reprennent vie par la suite.

En littérature, l’exemple historique est Sherlock Holmes. Lassé de son détective, Conan Doyle avait préféré s’en débarrasser dans la nouvelle "Le Dernier Problème" : au terme d’un corps à corps furieux, Sherlock tombait dans les chutes de Reichenbach avec son adversaire Moriarty. Mais sous la pression de son éditeur et des lecteurs, l’écrivain ramena son héros à la vie dix ans plus tard, qui expliqua avoir simulé sa mort pour tromper ses ennemis - un antécédent fera école.

Traditionnellement, ce sont les méchants qui défient la mort. Dans "Les Cigares du pharaon", Tintin voit choir le mystérieux chef des contrebandiers d’opium du sommet d’une falaise - pour mieux revenir dans l’album suivant et révéler son identité. Buck Danny, Blake et Mortimer ou Tif et Tondu retrouveront de même leur ennemi juré - respectivement Lady X, Olrik ou Choc - au fil des ans. La première a survécu à un crash d’avion, un bombardement au napalm ou au torpillage d’un sous-marin. Le deuxième à un bombardement atomique, un abandon dans le désert ou à la destruction de l’Atlantide. De quoi remettre en question le concept du karma…

Rappelons aussi le cas des Dalton, envoyés ad patres à la fin de "Hors-la-loi" par Lucky Luke. Mais il s’agissait de Bob, Grat, Bill et Emmett, les "vrais" Dalton. Les lecteurs ayant apprécié le quatuor, Morris et Goscinny imaginèrent quatre cousins (Joe, Jack, William et Averell), au physique identique.

L’Europe plus frileuse que les Etats-Unis

Chez les héros, l’un des premiers laissés pour mort dans la BD franco-belge fut Francis Blake, abattu à la fin du premier tome du "Mystère de la grande pyramide". Tel Sherlock, sa mort fut simulée pour tromper l’adversaire. Sans savoir qu’il deviendrait son personnage emblématique, Hugo Pratt fit disparaître Corto Maltese au milieu de "La Ballade de la mer salée"… pour le ramener quelques dizaines de pages plus tard. Jean-Michel Charlier laissa aussi planer le doute à la fin de l’album "Angel Face" sur la mort de Blueberry, disparu dans l’explosion d’une locomotive.

Mais le retour d’un héros mort et enterré n’a guère d’antécédent en Europe, contrairement aux Etats-Unis, où la pratique est répandue pour titiller les fans. Il y a la mort déguisée, à la Sherlock Holmes, qu’affectionnent notamment Batman ou Nick Fury - à l’aide de clone, de sérum ou de sosie. Mais il y a aussi les morts effectives, spectaculaires, comme Superman, tué au combat en 1992, ou Captain America, assassiné sur les marches du Capitole en 2007. La mort du dernier eut un impact médiatique exceptionnel : la chaîne ABC ou la rubrique nécrologique du "New York Times" traitèrent le sujet comme s’il s’agissait d’une personnalité réelle. Mais, à chaque fois, le héros revient, au prix d’explications plus ou moins convaincantes.