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C’est dans le mouvement ouvrier et en particulier le développement des coopératives - en lien avec le Parti ouvrier belge -, fin du XIXe siècle-début XXe, qu’il faut chercher les fondations des magasins et maisons du peuple. "Les ouvriers ont alors faim et soif", rappelle Françoise Fonck, historienne de l’art. D’où l’idée d’ouvrir des boulangeries propres où ils vendent du pain moins cher que celui du patron, d’une part. Et de créer en parallèle un endroit convivial où se retrouver pour boire un verre, mais aussi, répondant à leur "soif d’agir", où organiser rencontres et meetings. Bâtiment plurifonctionnel, la maison du peuple, qui connaîtra son apogée dans l’entre-deux-guerres, abrite traditionnellement un café, un magasin coopératif (qui souvent étendra son champ bien au-delà du pain), une salle de réunion et une salle des fêtes (et parfois de cinéma). Mais on peut aussi y trouver des bureaux (mutualités ), une bibliothèque, une salle de musique ou encore un gymnase. Beaucoup sont de taille modeste, installées dans de simples demeures. Mais d’autres prennent la forme de constructions monumentales - parfois mégalo -, dans le goût architectural de l’époque (qu’il soit soit Art nouveau, néoclassique ou Art déco le plus souvent), qui entendent en imposer sur la place publique, face à l’hôtel de ville et l’église. Leurs façades en disent long, à coup de détails décoratifs (usage de la couleur rouge, de figures telles le mineur ou Marianne symbolisant la liberté), de slogans ("Un pour tous, tous pour un") et de noms tels "La Fraternelle", "La Populaire" ou "Le Progrès". Sans oublier un balcon, pour haranguer les foules.

Un ouvrage édité par l’Institut du patrimoine wallon met en lumière ces maisons du peuple, patrimoine méconnu, souvent désaffecté, et menacé. Seules sept d’entre elles sont classées à ce jour. Beaucoup ont été démolies, notamment dans la folie urbanistique des années 70 - que l’on songe à "La Populaire" qui bordait la place Saint-Lambert à Liège. Et nombre de celles qui ont survécu - et présentent un intérêt patrimonial - voient, de nos jours encore, disparaître leur cachet architectural ou les derniers témoignages de leur fonction originelle, sous les coups de pioche de réaffectations sauvages. "Par cet ouvrage, nous espérons conscientiser les propriétaires actuels (souvent privés ou communaux) à un patrimoine qui colle à une partie de la réalité historique de la Wallonie", indique l’auteur, Françoise Fonck.

Abondamment illustrée de photos - anciennes et actuelles -, dotée d’un répertoire des maisons du peuple et magasins coopératifs, la monographie les replace dans leur contexte historico-social et survole - plus qu’elle n’analyse - leurs aspects architecturaux. En s’attardant, judicieusement, sur quelques exemples de sauvetages réussis. L’exemple le plus récent est la maison du peuple de Poulseur, qui vient de retrouver son éclat d’antan - aux couleurs très "flashy" - et revit sous forme de centre culturel. La maison du peuple de Verviers n’a pas eu cette chance, et l’on se demande aujourd’hui comment on a pu démolir (en 1977) un édifice aussi somptueux; contemporain, soit dit en passant, de la maison du peuple édifiée par Horta à Bruxelles, également disparue en 1965. Actuellement à l’abandon ou à vendre, plusieurs maisons du peuple espèrent ne pas connaître le même sort.

Françoise Fonck, "Les maisons du peuple en Wallonie", IPW, 163 p., 25 €.