Livres - BD

Un lendemain de rêves

Pierre Gandelman

Gallimard, 175 pp., 607 F (15,05 ).

De Pierre Gandelman, on avait beaucoup aimé le premier roman «La Seule femme de son fils» qui avait d'ailleurs obtenu le Prix Femina en 1995. Pas du tout aimé le deuxième. Pas lu le troisième. Le quatrième avait tout pour retenir l'attention avec un titre «Un lendemain de rêves» qui semblait parfaitement s'inscrire dans une époque qui joue le rêve à écran démagogique.

Il s'y inscrit, en effet. Ce n'est pas qu'il fasse référence à des phénomènes d'actualité immédiate. Il s'accorde à une époque qui n'hésite pas à propulser dans les vertiges d'éphémères succès des êtres qui se feront très mal en retombant ce qui guette tout de même la plupart d'entre eux dans leur quotidien sans gloire. Il s'y accorde, de manière plus intime, en suggérant combien la passion d'aimer, d'écrire est proche de la folie pour peu qu'elle soit abusée.

Les écrivains, dit-on, et surtout les écrivains connus, plaisent aux femmes. Les médecins aussi. Pierre Gandelman est les deux. Il sait donc logiquement de quoi il écrit en suivant l'une d'elles dans les éblouissements amoureux qui la mènent des bras d'un écrivain à la rage d'en être abandonnée.

On découvre Sophie dans une petite ville de province où elle est venue attendre l'homme qui l'appelait «son miel de la nuit» afin de le tuer. Elle s'était lancée dans leur histoire avec la crédulité d'une midinette friande des magazines qui parlent de la vie des princesses. Avec lui, l'écrivain qui élargissait son horizon sans révéler grand-chose de sa vie personnelle, elle s'y voyait déjà. Mariée. Muse et servante à la fois. Abandonnée, oubliée sans autre forme d'excuse, elle tombe en révolte avant qu'en écriture. Autant écrire ses mésaventures que les raconter sur un divan. D'autant qu'un éditeur s'enthousiasme et lui fait miroiter le rêve d'être publiée. D'exaltation en torpeur, de déprime en fureur et en folie, elle se retrouve le doigt sur la gachette d'un Beretta.«Un lendemain de rêves» est l'histoire d'une provinciale affranchie mais crédule, qui rêve trop fort, trop vite. Pierre Gandelman analyse avec une précision médicale les dérives entre espoir et désespoir de cette amoureuse trahie et désillusionnée dans ses rêves de réussite. Encore que son récit piétine parfois et qu'on ait alors l'impression qu'il se regarde écrire comme d'autres s'écoutent parler, il jette avec ce roman un oeil éclairé et cinglant sur un sujet qui a le mérite de renvoyer chacun tous sexes confondus à la question que pose l'héroïne: «Est-ce que vous avez une idée, les mecs, où ça peut conduire une femme de lui dire: on vous prend, je vous aime, et de la jeter ensuite, de la laisser toute seule sur le bord de la route?»

© La Libre Belgique 2001