Livres - BD

L’auteur français ramène son personnage d’entre les morts. Le nouveau "Lapinot" est drôle, doux-amer et moraliste, comme il se doit.

Les chats dit-on, ont neuf vies. Les lapins en ont au moins deux. En 2004, l’auteur de bande dessinée français Lewis Trondheim (Fontainbleau, 1964) faisait passer Lapinot, personnage principal de la série éponyme, sous une voiture, plongeant les fans dans l’affliction. "Je n’ai pas abandonné Lapinot par lassitude, mais parce que je suis parano : je voulais précéder la lassitude" , rembobine Trondheim. R.I.P. Lapinot, sacrifié sur l’autel de la crainte de "se répéter et de finir par faire des choses pas intéressantes", justifie Trondheim. "Pour moi, c’était définitif. C’était une façon de conclure, peut-être brutale pour les lecteurs et le personnage, mais il y avait une certaine élégance au niveau de la geste", complète le Grand Prix d’Angoulême 2006.

La séparation n’a pas été aussi définitive qu’annoncé. Promis par Trondheim au printemps, le retour du héros lagomorphe s’est concrétisé à la fin de l’été, avec l’arrivée d’"Un monde un peu meilleur", premier tome des "Nouvelles aventures de Lapinot".

Une série pas comme les autres

"J’avais des trucs à dire sur la société, les réseaux sociaux, Internet, les chaînes d’info en continu… mais je ne savais pas quel personnage utiliser Je ne pouvais pas le faire avec "Ralph Azam" (héros de sa série d’heroic fantasy publiée chez Dupuis), explique l’auteur aux cent projets. Lapinot s’impose. "Quand j’ai eu l’idée de départ, j’ai mis Ralph Azam de côté et pendant deux semaines, j’ai dessiné les douze premières pages de Lapinot, parce que j’avais une espèce d’énergie, d’élan, que je ne voulais pas perdre. J’ai repris ces douze pages un an plus tard, la tension narrative était toujours là" , se souvient Trondheim. Le fait qu’il soit six pieds sous terre n’est pas un problème pour Trondheim.

En Europe, ramener un personnage de trépas à vie sans autre forme de procès vaudrait l’opprobre au scénariste qui se livrerait à ce tour de passe-passe. Sauf que la "résurrection" de Lapinot est raccord avec la philosophie de la série.