Livres - BD C’était en 1999. La merveilleuse et généreuse Susie Morgenstern était venue de Nice chercher son prix Versele à Bruxelles pour son roman "Lettres d’amour de 0 à 10" (L’Ecole des loisirs, 1996) déjà auréolé de nombreux prix. Elle était montée sur scène, et avec l’accent américain qui la caractérise, avait déclaré aux enfants : " J’habite un pays merveilleux où il fait beau plus de 300 jours par an. Pourtant, chaque matin, je m’enferme dans mon bureau et je me demande pourquoi je fais ce métier. Merci de me donner la réponse !" C’était l’époque faste du Versele, la remise des prix se faisait toujours en grande joie grâce aux enfants venus adapter sur scène les livres qu’ils avaient aimés.

Le 13 juin dernier, comme au cours de ces dernières années, les prix Versele ont été dévoilés en toute discrétion (cf. "La Libre" du 13 juin). Pas de fête, pas d’enfants, pas de théâtre, et encore moins d’auteurs présents. Il en ira, nous dit-on, autrement l’an prochain pour les 35 bougies du Versele.

Label de qualité

Créé voici 34 ans par Bernard Versele, psychologue à La Ligue des familles, ce prix voulait être un label de qualité. Des comités de lecture font une première sélection puis soumettent aux enfants, via les écoles, les bibliothèques, les associations de quartier ou les familles, cinq titres pour chaque Chouette, laquelle correspond à un degré de lecture pour enfants âgés d’environ 3 à 12 ans.

Par catégorie, il y a deux lauréats, le livre Chouette et le label. Vous suivez toujours ? Qu’importe, l’essentiel étant de savoir que le Versele peut se targuer d’être un de plus grands jurys du monde puisqu’il a flirté avec les… 60 000 votants. Et qu’il touche particulièrement les auteurs et illustrateurs enfin jugés par ceux pour qui ils écrivent.

Menacé ces dernières années, notamment en raison de la politique de direction de Denis Lambert, qui a quitté La Ligue des familles en février, le prix Versele a été vivement soutenu, l’an dernier, entre autres par les "Amis du Versele" et leurs 625 "likes" sur Facebook...

Sens de l’humour, de l’audace, de la peur

Pour 2013, l’un des comités s’est montré très actif également et a drainé, à lui seul, 1 000 participants supplémentaires. Résultat : ils étaient 46 000 à voter cette année, soit 500 de plus qu’en 2012. Et ont prouvé, une fois encore, qu’ils avaient le sens de l’humour, de l’audace et de la peur, un sentiment très présent dans la cuvée 2012 qui, petite subtilité, élit des livres publiés en 2010, histoire de laisser le temps de lire aux comités puis aux enfants.

L’intelligence de "Ma petite voiture rouge", à double lecture même si on y apprend à ne pas doubler par la droite, ne leur aura par exemple pas échappé. Road movie haletant de deux frangins poursuivis par les guêpes, l’album de l’Allemand Peter Schössow évoque quelques saines frayeurs à travers un scénario bien ficelé. De vraies peurs aussi dans la cour de l’école lorsque Jonathan Suyckerbuck, grand amateur de catch, est retrouvé inconscient derrière la porte de la cantine et qu’on accuse Nejma, l’exclue. Roman social et contemporain de Marie Desplechin, "Babyfaces" pointe du poing d’importantes réalités scolaires. Avec justesse.

Grosse frayeur également pour l’enfant de Taro Gomi qui demande "Où est passé papa ?" au supermarché. Et enfin, plus de peur que de mal dans "Haut les pattes !" grâce au hamster gangster de Catharina Valckx qui remporte le label en deux Chouettes.

Un label remporté "Haut les pattes"

Rien d’étonnant à ce que Catharina Valckx ait été plébiscitée par les enfants au prix Versele. Ses livres, en effet, sont aussi joyeux qu’elle, son humour couleur absurde séduit et tout le monde craque pour sa souris Lisette, son hamster gangster ou Coco Panache, son corbeau chevalier.

Si les enfants ont décerné le label en deux Chouettes pour "Haut les pattes !" et l’apprenti bandit, ils auraient aussi pu élire la souris Totoche et son poisson malheureux. Ou l’âne Zappa et ses mémoires. Chacun des livres de Catharina Valckx révèle un univers savoureux et amical. Des tranches de vie construites comme des nouvelles et des personnages récurrents auxquels on s’attache. Tel Billy, ce hamster qui, au lieu de reprendre le flambeau de son père en devenant un bandit, se fait plein d’amis. En criant "Haut les pattes !" au ver de terre, il avait, il est vrai, peu de chance de voir ses ordres exécutés.

Née en 1957 à De Bilt aux Pays-Bas, Catharina Valckx a grandi en France, raison pour laquelle elle écrit ses livres en français. Après des études à l’académie de Groningen, elle entame, sans succès, une carrière de peintre puis, lorsqu’elle devient maman, s’intéresse aux livres pour enfants. Et y glisse beaucoup de bonheur.

"Les enfants sont joyeux. C’est l’énergie qu’ils ont. Il ne me viendrait pas à l’idée d’écrire une histoire triste. C’est intéressant de répondre à leur amour de la vie et des animaux car ils les adorent. Souvent, j’imagine des personnages gentils et altruistes, sans abuser pour autant. Ce bonheur me vient spontanément", nous confie l’artiste qui craint parfois la solitude et dote dès lors ses héros de nombreux amis.

Laurence Bertels