Livres - BD

Ouvrant, en avril de l’an dernier, le livre-mémoire de René Hénoumont, "Le jeune homme et la rivière" (Bernard Gilson), le lecteur ne pouvant éviter de faire référence à un autre titre, "Le vieil homme et la rivière" que Lucien Guissard avait donné aux Éditions Eole, en 1999. Ce troisième livre de souvenirs et réflexions, après "Histoire d’une migration" (Desclée de Brouwer, 1979) et "Le temps d’être homme" (Flammarion, 1990) complétait les confidences que nous livrait Lucien Guissard, à la demande réitérée de ses éditeurs. À travers ces trois livres : l’odyssée d’une vie qui aura conduit le fils d’agriculteur de Mousny, en Ardenne, aîné de dix enfants, jusqu’à Paris, en passant par Rome, et jusqu’à notre Académie royale de langue et de littérature françaises, en 1986, où il succédera à Charles Moeller, et sera présenté par Marcel Lobet, autre exégète.

CHEMINS IMPRÉVISIBLES

Journaliste, critique littéraire, écrivain, rédacteur en chef du journal "La Croix", sa vie aura mené ses pas sur des chemins imprévisibles : l’entrée chez les Assomptionnistes (qui pratiquaient volontiers l’apostolat par la plume) et, après son ordination (en 1943), la poursuite de sa formation à l’université de Louvain, en sciences politiques et sociales. Ce passionné de football, à mesure qu’il pensait le monde et son évolution, n’éludait aucune question personnelle. En 1988, son livre d’entretiens avec Gabriel Ringlet, "La puce et les lions", cernait les angles et les chemins d’un journalisme littéraire à toujours réenvisager. La "Pensée sociale des écrivains", et la "Pensée chrétienne en littérature", ou "Le pari de la presse écrite" sont les fruits d’une incessante prise de température d’un journalisme en mouvement et d’une création littéraire en rupture de modèles. Les littératures d’aujourd’hui avaient pour lui une résonance vivante, aussi importante que celles qui nous avaient préstructurés. "Je vois la littérature au nombre de nos pouvoirs et au cœur de nos impuissances." "Littérature et pensée chrétienne" (Casterman, 1969) sera couronné chez nous par les Scriptores Catholici. Sans exclure roman et nouvelles, tous les livres de Lucien Guissard sont à relire et à mettre en échos, les uns par rapport aux autres. Depuis le premier, en 1959, "Catholicisme et progrès social", jusqu’aux pages à la sensibilité vibratile du "Vieil homme et la rivière" qui clôt la trilogie de sa confidence essentielle. Ce que vit, pense, écrit le journaliste ou l’écrivain, l’un à l’autre mêlés, sans pourtant se confondre, constitue aujourd’hui le testament spirituel d’un Aventurier de l’Esprit, d’un "chemineau rebelle" , comme aurait dit Marcel Lobet. Puisque " la culture est le pays où l’on n’arrive jamais" , Lucien Guissard aura pu affronter toutes les énigmes que lui posait la vie, et trouver son propre chemin dans les labyrinthes successifs où l’engageait sa destinée. Aucun Minotaure n’aura eu raison de lui. Car il a gardé la lampe allumée en y renouvelant constamment sa lumière.