Maréchal, voilà les Wallons!

Paul Vaute Publié le - Mis à jour le

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Si la dérive incivique des extrémistes flamingants sous l'occupation allemande est connue comme Barabas à la Passion, il serait difficile d'en dire autant des tentatives symétriques initiées au sud de la frontière linguistique pour tirer aussi profit de la nouvelle donne.

En particulier, l'épisode des ouvertures faites au gouvernement du maréchal Pétain par des figures nullement marginales du mouvement wallon, en vue du rattachement de la Wallonie à la France, a été longtemps occulté par ce qu'Hervé Hasquin n'hésite pas à appeler une véritable «omerta», ou à tout le moins une minimisation de la portée. L'étude que publie, avec sa casquette d'historien, le ministre-President du gouvernement de la Communauté française ne permettra plus de ramener le chapitre à des dimensions anecdotiques. Impitoyable, elle établit que les contacts troubles ont duré de l'été 1940 au début 1943 et qu' «il n'y a eu de la part des personnes incriminées et réfugiées en France aucune opposition à la politique de collaboration du gouvernement de Pétain».

LE THÉÂTRE DE THONE

Le professeur et ancien recteur de l'ULB n'arrive évidemment pas les mains vides. Ses pièces à conviction ont été puisées dans les archives françaises et - surtout - dans la mine d'or inexploitée jusqu'ici des lettres conservées par l'emblématique imprimeur-éditeur Georges Thone, premier rôle de la pièce.

Il n'est certes pas seul. L'abbé Jacques Mahieu qui, sans égard pour la désapprobation de son évêque, a fondé peu avant la guerre un Parti wallon indépendant, adresse dès juillet 1940 un mémoire au nouveau chef de l'Etat français, où il lui fait miroiter la Wallonie comme compensation pour le retour de l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne! Le mois suivant, un second rapport du même auteur préconise une véritable purification ethnique avant la lettre des zones où francophones et néerlandophones vivent mélangés: transferts de population, nécessité d'effacer «les traces de germanisme dans les nouveaux territoires français», on en passe...

Mais le lobbying de Thone, mieux introduit dans les allées d'un pouvoir qu'il trouve à son goût, atteint davantage sa cible. Inlassablement, le rattachiste liégeois revient à la charge, en dépit de bien des douches froides comme celle que lui inflige le maurrassien Albert Rivaud, intime de Pétain, en lui écrivant que la France «ne peut pas se lier à un parti qui entreprendrait une action antidynastique».

Sans doute les émules du comte Albert du Bois ne se seraient-ils pas tous reconnus dans pareilles intrigues. Celles-ci n'en ont pas moins bénéficié de l'appui de membres du directoire de Wallonie libre ou du Groupe Sambre-et-Meuse. Edifiante aussi est la lecture des pages consacrées aux soutiens financiers accordés par Vichy à ses sympathisants belges. La prose du socialiste Louis Pierard vantant, dans «La Dépêche» de Toulouse, les valeurs paysannes de la «Révolution nationale» n'en prend que plus de saveur.

Georges Thone figurera en 1968 parmi les fondateurs du Rassemblement wallon. Un parti aux congrès duquel les militants aimeront entonner le «Chant des partisans»...

Le Centre d'études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines (Ceges) a consacré, à la suite d'un colloque, un dossier à une source de premier plan pour l'étude de l'occupation allemande et de la collaboration («Répression et archives judiciaires: problèmes et perspectives», dossier du «Bulletin du Ceges» n° 38, tél. 02-556.92.11).

Pierre Vallaud a réédité en un volume une compilation de ses cinq tomes de documents et témoignages sur «La Seconde Guerre mondiale» (Acropole).

De François Broche est paru le troisième et dernier volume de «L'armée française sous l'occupation» (Presses de la Cité).

Dans «Le droit international pénal de Nuremberg», Jacques Verhaegen reprend une étude datée de 1969 en la dotant d'un important suivi (Bruylant).

© La Libre Belgique 2004

Paul Vaute

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