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Elle a vraiment eu une carrière exceptionnelle… Active dès l'âge de 17 ans, elle proposa encore jusqu'il y a très peu de temps des papiers comme journaliste indépendante, toujours interpellée par l'actualité du monde dans toutes ses dimensions.Longtemps active au sein de la section belge de l'Union internationale de la presse francophone, Marie-Madeleine Arnold-Gulikers qui vient de s'éteindre à Etterbeek à l'âge de 98 ans était donc la doyenne des journalistes belges après en avoir été une cadette puisque dès 1937, elle avait fondé à Liège la revue "Horizons nouveaux". Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle avait suivi son mari Max Arnold, imprimeur et aussi journaliste, en Afrique. Ils vécurent ainsi en première ligne la fin du Congo belge non sans jouer un rôle de pointe dans le débat d'idées puisqu'elle y fonda avec son époux à Bukavu, "La Presse africaine", qui se distingua par son ton libre et indépendant. Par la suite, ayant pris goût au grand reportage, elle fréquenta tous les continents, jusques et y compris l'Océanie…Mais elle était aussi une collaboratrice régulière de diverses revues littéraires tout en créant aussi sa propre maison d'édition, les Editions Max Arnold. Enfin, on lui doit plusieurs ouvrages poétiques mais aussi historiques et sociologiques sur les sociétés africaines qu'elle cotôya au quotidien.

En 2010, à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance du Congo, nous avions rencontré Marie-Madeleine Arnold-Gulikers qui nous avait transmis son enthousiasme pour l'Afrique. Certes, elle n’avait vécu que 12 ans au Congo, de 1948 à 1960 mais à l’entendre évoquer ces années-là, il était évident qu'elles furent parmi les plus belles de son existence !

"Nous avions lancé un journal littéraire à Liège, qui avait pour nom l’Horizon nouveau, avec la collaboration d’auteurs réputés comme Plisnier ou Tousseul. Au lendemain de la guerre en découvrant les intentions expansionnistes de Staline, nous n’avions pas vraiment envie de revivre la guerre et nous nous sommes enquis des possibilités de nous installer dans la colonie " Cap fut donc mis sur Bukavu où la famille Arnold fit la découverte d'une très belle solidarité des coloniaux tout en préparant son intégration, celle-ci étant encore ponctuée par la naissance d’un troisième fils !

"L’imprimerie a démarré en 1952 et un an plus tard, nous lancions La Presse africaine avec une noria de collaborateurs locaux issus du monde de l’enseignement, du commerce ou des services publics. Avec aussi des correspondants belges comme par exemple Fernand Colleye qui fit carrière ensuite à la RTB(F). C’était une belle équipe de gens intelligents " Il ne fallut pas très longtemps à "La Presse africaine" qui avait la réputation d’être progressiste pour s'imposer dans le monde local des médias. Il faut dire que le journal ouvrit aussi ses colonnes aux aspirations indépendantistes. "Nous n’y étions pas hostiles mais alors de manière plus progressive. Le plan Van Bilsen sur trente ans nous semblait bien. Le problème est que l’on n’avait pas formé de cadres, qu’il n’y avait pas d’universitaires congolais. Depuis le Congo, nous avons été nombreux à sensibiliser la métropole à cet aspect mais on ne nous a pas écoutés. Pas plus qu’on n’ait songé à demander aux experts à participer aux tables rondes Et le pays a fini par imploser "

Un des grands souvenirs de Marie-Madeleine Arnold fut, certainement, l’interview accordée par Patrice Lumumba à son hebdomadaire dans son numéro du 13 mars 1960. "Lumumba était venu chez nous. Nous l’avions accueilli à l’aéroport puis à notre table . Il avait déjà eu des problèmes mais ils n’étaient pas définitifs. A ce moment précis, il ne voulait pas le départ des Belges mais il a été très mal conseillé, influencé par les Russes mais aussi par Jean Van Lierde."

Marie-Madeleine Arnold déplore dès lors que le discours du 30 juin ait en quelque sorte signé l’arrêt de mort de l’aventure belge au Congo alors qu’il eût été possible de continuer à travailler ensemble dans le respect mutuel. "Les agents territoriaux ont été extraordinaires avec la population tout comme on a eu des médecins vraiment exceptionnels Bon, je pense que 50 ans après, il faut bien avoir à l’esprit que tous les Blancs n’étaient pas blancs pas plus que tous les Noirs étaient tous noirs. Mais il y avait une certaine symbiose. Chez nous à l’imprimerie, il y avait des échanges continus et nous avons formé d’excellents typographes et linotypiste qui ont pu à leur tour transmettre ce que nous leur avons appris". Marie-Madeleine Arnold y voyait "le partage du sens du pragmatisme".

Elle ne regretta donc certainement jamais son passage au Congo qui fut aussi bénéfique pour ses fils qui ont tous développé leur existence hors de Belgique. Notre défunte consœur resta dès lors très engagée au sein de "Mémoires du Congo (et du Ruanda-Urundi)" née en 2002 et dont "le but est de contribuer à une présence objective de la présence belge en Afrique centrale".

Une grande Dame de la presse s'en est allée…