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L’affaire Weinstein et la déferlante #MeToo qui l’a suivie ont eu raison de l’Académie suédoise – créée en 1786 par le roi Gustav III – qui décerne le prix Nobel de littérature. La prestigieuse institution n’a pas résisté à une affaire d’abus sexuels visant Jean-Claude Arnault, mari de l’académicienne Katarina Frostenson, accusé de viols et de harcèlement – dix-huit femmes ont porté plainte. Il a été condamné le 1er octobre à deux ans de prison ferme pour viol, mais a fait appel. On lui reproche également d’avoir influencé les choix de son épouse poétesse. Enfin, une enquête révèle également des conflits d'intérêts avec l'académie qui lui verse de généreux subsides.​

Un processus démocratique

En mai dernier, il avait été admis que dans ces circonstances le prix Nobel de littérature ne serait pas décerné cette année. Désirant combler ce vide, une centaine de personnalités suédoises avait alors décidé de prendre le relais. Leur étendard serait la démocratie – comme un pied de nez à l’anachronisme et à l’oppacité de l’Académie –, leur manifeste proclamant leur volonté de se tenir éloigné des “conflits d’intérêt”, du “sexisme” et de l’“arrogance”, en rappelant que “la littérature doit être associée à la démocratie, l’ouverture, l’empathie et le respect”. Le processus qui a abouti au choix de la romancière Maryse Condé ("Segou", "Moi, Tituba sorcière noire de Salem", "La vie scélérate", En attendant la montée des eaux") était long et collaboratif. Des bibliothécaires de tout le pays ont proposé des noms d’auteurs qui avaient signé au moins deux titres, dont l’un au plus tard ces dix dernières années. On retrouvait dans cette première liste quarante-six candidats aux horizons et à la notoriété variés, de Margaret Atwood à Elena Ferrante, de Paul Auster à J.K. Rowling, d’Amos Oz à Edouard Louis, de Joyce Carol Oates à Haruki Murakami, de Chimamanda Ngozi Adichie à Ian McEwan, de Maryse Condé à Kim Thúy.

Le vote des internautes

Quelque 32 000 internautes ont ensuite voté et, à la mi-août, quatre finalistes ont été désignés. Il s’agissait de la Québécoise Kim Thúy, de la Guadeloupéenne Maryse Condé, du Britannique Neil Gaiman et du Japonais Haruki Murakami. Ce dernier figure depuis plusieurs années dans les nobélisables. Est-ce la raison pour laquelle il s’est retiré de l’aventure, ne voulant pas brûler ses chances d’obtenir à l’avenir le “vrai” Nobel? “Il préfère se concentrer sur son écriture et rester à l’écart de l’attention médiatique”, a expliqué le comité alternatif qui sera statutairement dissous le 13 octobre.

Après que huit des dix-huit membres de l’Académie suédoise ont démissionné, il faudra renouveler tant sa constitution que son atmosphère. Un groupe de travail composé d’académiciens hors de soupçon a été constitué. La volonté de la Fondation Nobel est de voir attribuer deux Nobel de littérature en 2019. L’avenir dira si les désignés seront à la hauteur de leur tâche.