Livres - BD

Le 22 mars, il a perdu Loubna. Il lance un appel aux jeunes musulmans.

La vie de Mohamed El Bachiri a basculé le 22 mars 2016 lorsqu’il s’est rendu compte que la connexion du téléphone de son épouse Loubna Lafquiri, partie en métro le jour des attentats, s’était arrêtée à 9 h 10. "Là j’ai compris. Je suis allé chez mes parents. Enveloppé dans une couverture, je me suis effondré", écrit-il.

Ainsi débute "Un jihad de l’amour", le livre émouvant et poétique que ce conducteur de métro, habitant Molenbeek, fils de migrant déjà à la Stib, vient de sortir aux éditions JC Lattès. Publié d’abord en Flandre et aux Pays-Bas où il a été vendu à 80 000 exemplaires, traduit bientôt en anglais et en allemand, il n’arrive que maintenant dans les librairies francophones.

El Bachiri est l’auteur de la prière de rupture du jeûne à l’église Saint-Jean Baptiste de Molenbeek qui avait tant ému en juin de l’an dernier. Il avait appelé les jeunes au djihad, pas celui de la guerre, mais le djihad de l’amour, celui "qui incite à aller vers l’autre, à lui sourire et à exprimer pour lui respect et empathie".

Un très beau message d’amour

Dans ce livre, qui se lit en une soirée, El Bachiri renouvelle son appel. Il le précise. "Mon livre est d’abord un message d’amour pour mon épouse, un hommage à Loubna et à toutes les victimes", a-t-il expliqué jeudi à Molenbeek, en présence de la bourgmestre Françoise Schepmans. C’est aussi un message aux jeunes de Molenbeek et d’ailleurs, à ceux qui sont tentés de basculer dans la violence au nom de l’islam.

Aux antipodes d’une religion cramponnée aux textes du VIIe siècle, l’auteur suggère aux jeunes un islam dépolitisé, basé sur le libre arbitre et le questionnement. Il rejette "l’obscurantisme islamique" et des pratiques comme la polygamie.

"Il n’y a pas de vérité absolue, dit-il. Chacun a sa vérité. On se doit de respecter la croyance et la religion de l’autre."

Le livre est une compilation de textes écrits par El Bachiri, puis réarrangés par David Van Reybrouck, l’auteur de "Congo".

Les textes sont courts, parfois sommaires. Ils ont été rédigés sur son ordinateur "certains soirs quand les enfants sont au lit". Bouleversé par la mort de Loubna, l’auteur a eu du mal à reprendre le collier avec trois enfants. Il ne fréquente plus la mosquée et n’a pas repris son travail. L’écriture est sa thérapie.

"Aujourd’hui, écrit-il avec grâce, je suis un homme qui a perdu un empire dont l’étendue ne se mesurait pas à la terre mais à un amour."

Il n’a jamais pris contact avec les proches des auteurs des attentats, qui ont, pour une partie, vécu à Molenbeek. "Mais ce livre est aussi pour eux", avoue-t-il.

Reçu comme les autres victimes belges par le roi Philippe et la reine Mathilde, il a eu aussi le privilège d’être accueilli dans son palais par le roi du Maroc, Mohamed VI. Une double identité qu’il entend préserver et le pousse à rapprocher les deux peuples, lui qui est "lion de l’Atlas et lion de Waterloo".