Livres - BD

Juriste de profession, Henri de Meeûs a conservé de ses lectures de jeunesse et d’une familiarité croissante avec son œuvre, une admiration profonde pour Henri de Montherlant (1895-1972). "Le plus grand peut-être de nos écrivains vivants", écrivait Bernanos en 1939. Et Malraux en 1952 : "Quand sera retrouvée cette vérité banale qu’il existe un art littéraire comme il existe un art pictural et un art musical; quand les écrivains - les seuls à le faire - cesseront de traiter de haut la "littérature", qui parfois le leur rend bien, l’œuvre de Montherlant montrera que l’art de notre temps connut, lui aussi, l’union fort rare de l’ironie avec une écriture royale".

Pour contrer le silence ou l’ignorance dont pâtit aujourd’hui l’auteur des "Jeunes filles" et de "La Reine morte", Henri de Meeûs a organisé à Bruxelles, en septembre 2007, une journée Montherlant qui a remporté un vif succès. Il a fait mieux : il a construit sur Internet un site www.montherlant.be qui reçoit actuellement près de 4500 visiteurs par mois, provenant de tous les pays du monde. Ce qui prouve que si l’auteur de "Service inutile" est passé de mode, nombreux restent un peu partout les lecteurs sensibles à un certain classicisme de la langue française qui le relie, comme Barrès ou certains Aragon à "La Princesse de Clèves", Saint-Simon ou Bossuet.

Aujourd’hui, Henry de Meeûs rassemble dans un beau volume (format, typographie aérée, qualité du papier) l’énorme documentation accumulée sur le site, estimant utile de conserver une trace écrite afin que les intéressés ne dépendent pas uniquement de l’ordinateur pour la consulter. Le plaisir de lire est d’un autre ordre, en effet, que la facilité de recherche.

La richesse de ce magnifique ouvrage est énorme. Il comporte tout d’abord une biographie très minutieuse : généalogie des Millon de Montherlant avec leurs armes et des aïeux maternels, les Camusat de Riancey; les expériences tauromachiques et le courage militaire à la guerre; les œuvres et les réceptions critiques dans la presse de l’époque; l’égarement passager de 1941, suite à la pire défaite de la France de toute son histoire, qui lui fit espérer son redressement sous l’étendard de la Roue solaire (la croix gammée); le refus toutefois de toute "collaboration", ce qui lui valut à la Libération de n’être ni arrêté ni poursuivi; ses succès au théâtre; son élection à l’Académie française (1960); la santé chancelante et la cécité de plus en plus menaçante qui le conduisirent à se donner la mort en 1972 (cyanure et revolver).

Les parties suivantes réunissent des études particulières sur Montherlant par Julien Green, François Mauriac, André Gide, Drieu La Rochelle, Jean d’Ormesson et bien d’autres, dont Henri de Meeûs lui-même, notamment sur les nombreuses amitiés féminines de l’auteur de "Port Royal"; la liste des quelque 70 ouvrages de l’écrivain; la liste (non exhaustive) des 950 articles de Montherlant parus dans 180 journaux et revues entre 1919 et 1972; une recension de tous ceux qui ont écrit sur Montherlant entre 1920 et 2011.

Cette véritable somme biographique et critique ne rendra pas seulement service à de nombreux curieux. Elle veut opposer la hauteur et la beauté de l’œuvre de Montherlant à certaines biographies moins préoccupées par elle que par "la vie sexuelle de l’écrivain, comme s’il était possible de connaître vraiment la totalité d’un être humain, comme si on pouvait juger un génie à partir de ragots et de calomnies" (H. de Meeûs).

Jacques Franck

L’ouvrage fait l’objet d’une édition privée, il est donc hors commerce. On peut toutefois obtenir un bulletin de souscription par Internet (www. montherlant.be) ou en écrivant à l’auteur (4, rue André Fauchille, 1150 Bruxelles).