Livres - BD

Il vient à peine de recevoir le Prix Maurice Carême pour son anthologie personnelle «Paroles du feuillage» (Taillis Pré), que Roger Foulon voit sortir son quatorzième roman, «L'Autrucherie» (Luce Wilquin, 150 pp., env. 15 €).

Un jour, l'imagière Marie-Louise Albessart avait conçu un ex-libris pour Roger Foulon, poète, conteur, romancier, critique, essayiste, alors président de l'Association des écrivains belges, fondateur des Artistes de Thudinie et de la revue «Le Spantole» qui compte plus de neuf mille pages de textes et d'illustrations. Alors que Roger Foulon accédait à l'Académie royale de langue et littérature françaises, son ex-libris portait cette phrase révélatrice: «Nulla dies sine linea» (pas un jour sans écriture). Phrase-portrait. Surtout lorsqu'on se souvient de Foulon-aux-mains-sales, autrement dit tachées de l'encre de son imprimerie artisanale et de sa presse à bras d'où sortaient, comme par magie, sur des papiers rares, des recueils hors commerce qu'il réservait à ses amis.

Ainsi, depuis qu'il sait écrire, Roger Foulon n'aura passé aucun jour sans tremper dans l'encrier la plume ballon par laquelle, pour lui, passe le mot.

Vous qui êtes avant tout poète, pourquoi passez-vous régulièrement du côté du roman?

Par nécessité intérieure. Pour dire des choses que la poésie ne peut cerner de cette façon. Pour les rendre plus communicables. Je place mes romans dans des cadres que je connais bien.

Dans «L'Autrucherie», vous nous faites approcher plusieurs problèmes qui se croisent.

J'avais envie de sauver de l'oubli une région (Chimay) en proie à des difficultés techniques, sociales, linguistiques... Certains drames des industries de la botte du Hainaut, et de l'autre côté de la frontière, les délocalisations, expropriations, troublent la vie au quotidien. Un jour, dans un secteur que je connais, je me suis aperçu que deux autrucheries avaient disparu. Que recouvrait cette double disparition? Nous savons que, dans certaines régions, des mafias ont tenté ou réussi à mettre la main sur tel ou tel parti politique, que de l'argent sale a été blanchi dans telle opération d'achat de terrains de camping ou de sport...

Il y a également des problèmes d'intégration qui ne concernent pas les populations d'outre-frontières.

Impensables, ces accrochages linguistiques qui ne concernent même pas des gens d'ailleurs, mais des néerlandophones depuis longtemps assimilés en Wallonie, par le métier, l'amitié, l'amour! Je dis que, d'ici 300 ans, tout le monde sera métissé. Pourquoi créer des problèmes aujourd'hui?

Vous ne voulez pas être taxé de «régionaliste aigu».

Dans les cadres que je connais bien, je place des aventures humaines dont la vie, les rencontres m'ont fait approcher le mystère. Ils rejoignent sans doute ce que j'appelle mon sens sacré pour les paysages que j'aime. Entre le lac de l'Eau d'Heure et celui de Virelles, je côtoie peut-être les univers d'autres romans, «Un enfant de la forêt», «Barrage» ou «Ultime rendez-vous». Mais je pense déjà à mon prochain roman!

© La Libre Belgique 2005