Parler de Tintin, admirativement
Au(x) héros d'Hergé, Albert Algoud consacre un "Dictionnaire amoureux".
- Publié le 26-10-2016 à 17h05
- Mis à jour le 26-10-2016 à 17h06
Au(x) héros d'Hergé, Albert Algoud consacre un "Dictionnaire amoureux".Pour saluer - dans leur richesse et leur complexité - Tintin et son créateur belge, Hergé, Albert Algoud nous offre un attachant et tout en nuances "Dictionnaire amoureux" du maître de Milou. Il s'inscrit dans la collection riche de tant de titres alléchants, fondée en 2000 et dirigée par Jean-Claude Simoën, qui admet que "dictionnaire et amoureux sont deux termes a priori contradictoires, sinon incompatibles", mais "quand un écrivain conjugue culture et passion, cela entraîne l'éblouissement de son lecteur". Ébloui, amusé, parfois intrigué, sera celui du livre d'Albert Algoud (photo), auteur des savoureux "Le Haddock illustré" et "Le Tournesol illustré" ainsi que de la biographie (non autorisée) de la Castafiore et, en premier lieu, de "Tintinologie", album paru en 1987 chez Casterman : un extraordinaire joyau d'humour et d'originalité ("Hélas, pour des raisons qui échappent à ma volonté, précise Albert Algoud p. 208, ce livre reste épuisé"). Déplorons-le.
Un "Dictionnaire" aux très nombreuses entrées qui vont, dès la page 19, d'un mérité coup de chapeau à l'association "Les Amis de Hergé" (présidée par "l'éminent hergéologue" Philippe Goddin) jusqu'à (pp. 768 et 769) "Zorrino", le jeune marchand d'oranges du "Temple du Soleil", en passant par des articles sur l'"adultère" (la blonde et belle Mme Clairmont, au début des "7 Boules de cristal"); l'antisémitisme; la Bordurie; les Dupont et Dupond (qui inspirèrent à l'essayiste/humoriste un ouvrage coédité en 1997 par Canal + et Albin Michel); la folie; la collection "Dictionnaire amoureux" (y mentionnant une vingtaine de titres - sur les cent qu'elle compte - où des entrées sont consacrées "à des thèmes ou à des personnages des aventures de Tintin" mais sans citer le "Dictionnaire amoureux des héros", paru en 2005, dû à Patrick Cauvin, décédé le 13 août 2010, qui avouait, pp. 607 à 611, qu'il n'aimait pas Tintin); l'imagination, "reine des facultés"; le château de Moulinsart; les onomatopées; la peinture; Edgar P. Jacobs; Jacques Van Melkebeke; les rêves; Tchang (des pages parmi les plus captivantes, voire surprenantes de cet épatant dictionnaire); les traductions (dans plus d'une centaine de langues), etc. Étoilé de touchants souvenirs personnels ("J'avais quinze ans", pp. 331-335), ce nouvel ouvrage de l'auteur du "Petit dictionnaire énervé de Tintin" (Éditions de l'Opportun, 2010) est aussi sérieux que spirituel. Ainsi, Albert Algoud y rappelle-t-il qu'après la mort d'Hergé (survenue le 3 mars 1983), il s'était étonné qu'aucun message de condoléances n'ait été adressé au roi des Belges par le roi de Syldavie : délicieuse observation, parmi tant d'autres qui enchantent le lecteur de ce livre subtil, pénétrant, où ne manquent ni coups de griffes (par exemple à Serge Tisseron, "spécialiste autoproclamé ès secrets de famille") ni admiration (pas forcément inconditionnelle) pour les travaux de Philippe Goddin, de Benoît Peeters, du regretté Pierre Sterckx, de Jean-Marie Apostolidès, de Clément Rosset ou de Michel Serres : "Hergé, grand auteur qui a mobilisé de grandes intelligences". Indiscutablement.
Ce sur quoi insiste l'érudit Albert Algoud, c'est que Tintin, "sans famille et sans travail, s'est forgé une famille d'amis" : le capitaine Haddock, le professeur Tournesol, Dupont et Dupond, Tchang, Nestor, etc. Et de voir dans "Les Bijoux de la Castafiore", un album exceptionnel, récit d'une prise de conscience faite discrètement. Ce "Dictionnaire amoureux" ? Un bel hommage, teinté de gratitude, rendu par un tintinologue averti à un "génial dessinateur" et, sans doute plus encore, à "une œuvre infiniment complexe en dépit de son aspect rassurant".
Dictionnaire amoureux de Tintin Albert Algoud Plon 786 pp. avec illustrations d'Alain Bouldouyre, env. 25 €