Livres - BD

"Devine combien je t'aime". "Le plus malin". "Trois courageux gorilles". Vous souvenez-vous? Les connaissez-vous ? Dix titres pour symboliser une belle aventure littéraire. Visite guidée avec la directrice de la maison d'édition Pastel, Odile Josselin, à travers les images et les livres. L'éditrice nous dit pourquoi chacun a tant compté .

Trente ans que Pastel prend les enfants au sérieux, voilà qui se fête. Et dignement, de préférence. C’est-à-dire, en livres, en histoires, en tendresse, en rires et en enfance. Ouverture des festivités à La Foire du livre avec une exposition appelée à voyager ensuite à Namur, Charleroi, Liège mais aussi à Paris, en Italie, etc. Par ailleurs, trente titres iconiques ont été sélectionnés, en concertation avec les libraires, et seront mis en avant, avec du matériel adéquat. Trente ans, c’est surtout l’occasion de parcourir la belle histoire de la couleur belge de L’École des loisirs qui valorise nos talents, mais pas seulement. Comme nous l’explique la directrice, Odile Josselin. “On a décidé de fêter cet anniversaire car arriver à cet âge, pour une maison d’édition, c’est important. On peut voir ce qui reste, ce qui a traversé plus d’une génération, ces histoires que les parents racontent et qu’ils ont connues alors qu’ils étaient enfants. Pastel, c’est avant tout une histoire de rencontre entre des auteurs avec de vraies émulations. Il y a des auteurs qui sont là depuis le début mais il y a de la place pour des nouveaux aussi. La ligne Pastel, c’est garder ce côté intime du livre qui s’adresse aux enfants avec une liberté et une diversité sans grande contrainte. C’est une chance”.

En visitant l’exposition, on réalise que malgré les différences de graphismes, une cohérence s’inscrit.


"C’est important d’envelopper les enfants, de les accompagner, même si on n’évite pas les sujets difficiles, d’entrer dans quelque chose et de le prolonger”.


Si Pastel a vu le jour, voici trente ans, c’est suite à l’envie de L’École des loisirs de faire émerger ce qui se passait en Belgique. Arthur Hubschmid, un des fondateurs de la grande maison d’édition française de livres scolaires, puis jeunesse, avait rencontré Christiane Germain, alors éditrice chez Duculot. C’est elle qui avait découvert une certaine Gabrielle Vincent, la maman de “Ernest et Célestine” !

De cette première rencontre sont nées de nombreuses aventures littéraires. Mais aussi des auteurs aussi talentueux que Mario Ramos, bien entendu, qui manque toujours autant, l’extraordinaire Kitty Crowther, le poète Rascal, la tendre Jeanne Ashbé, l’humoristique Michel Van Zeveren, l’écrivain Carl Norac ou le doux Émile Jadoul, pour n’en citer que quelques-uns, ont vu le jour. Pour dire leur importance, leur apport, leur palette ou leur plume, dix titres ont été repris et renvoient vers tant d’autres récits qui tous ont forgé notre enfance, notre personnalité, notre place dans le monde.

Petite visite guidée en compagnie de l’éditrice qui évoque chacun des livres repris ici.


Au monde

Rascal, un auteur très important pour la maison. Il a amené de nombreux illustrateurs chez Pastel: Louis Joos, Stéphane Girel, Peter Elliot, Pascal Lemaître...

"Ce qui l'intéresse, ce sont les rencontres".

Il n'envoie pas un texte seul. Il le destine toujours à quelqu'un. Ses rencontres avec les enfants et professionnels sont toujours frappantes. En ce moment, il donne des ateliers à Charleville-Mézières à des pesronnes qui ne savent pas lire. Il est plongé dans la vie et est un peu romantique dans ses histoires. Cette image représente un bébé. Elle n’est pas la plus représentative de son travail mais c’est une manière de dire que chez Pastel, on s'adresse aux tout-petits.

© Rascal

Les mains de Papa

Émile Jadoul habille les trente ans de Pastel avec une image sur un Nénuphar, avec des personnages qui montrent le côté collectif de Pastel. Il arrive à synthétiser les moments forts du quotidien. Dans ses histoires, il se met en scène, parle de ce qu'il voit, de ce qu'il a vécu.

"La relation de filiation est importante chez lui."

Comme l'étonnement qui prend une autre dimension quand ce sont les pingouins qui le traduisent. Il est tout le temps prêt à chercher une autre manière d'illustrer. Il ne s'encroûte pas. Il est audacieux.

© Emile Jadoul

Zim Bam Boum

Frédéric Stehr est arrivé chez Pastel parce qu'il vit à Bruxelles. Cela lui a donné l'occasion de faire des livres pour les petits. Il joue sur le côté collectif des enfants dans les crèches. Il tourne autour de l'histoire jusqu'à ce qu'il soit sûr qu'il y ait quelque chose. Il a une grande carrière et a retrouvé une fraîcheur avec ses livres chez Pastel.

"C’est une collaboration très joyeuse".

© Frédéric Stehr


Devine combien je t'aime

De Sam McBratney et Anita Jeram.

"C’est un des titres phares de Pastel".

Il date de 1994, synthétise l'écoute qu'on peut avoir des enfants, le rapport à l'adulte et celui aux artistes anglais car il y a un rapprochement depuis le début de par la sensibilité et le dessin assez classique.

© Anita Jeram


Trois courageux petits gorilles

De Michel Van Zeveren. Cet album joue sur la surprise, l'humour, la peur dans les histoires, des ressorts importants qu’on retrouve dans plein d'albums.

"Michel est arrivé à un moment de maturité".

On reconnaît son travail, son trait, son humour, le questionnement de ses histoires. Il est très libre. Il va chercher, va partir vers autre chose même lorsqu’il sort d’un succès.

© Michel Van Zeveren


Mère Méduse

C’est un livre particulier pour Kitty Crowther, l’occasion pour elle de revenir à des fondamentaux pas forcément abordés. Le père est souvent présent, dans ses albums. Ici, elle parle de la figure maternelle. Le travail est magnifique.

"J’ai choisi cette image où la petite fille a pris un peu d’autonomie".

Kitty sait tellement bien composer les images, mettre en avant le rôle de la lecture, l'importance de l'imaginaire.

Elle a fait un chemin incroyable.

Elle est hyper fidèle à Pastel, malgré son prix et nous réserve pour l'automne, une histoire de Far West. Elle met tellement dans ses livres et nous accroche en tant que lecteur. Elle continue de progresser, quoiqu'il lui arrive : le succès, les compliments... Elle reste aussi exigeante envers elle-même.

© Kitty Crowther


Le plus malin

Avec l'exposition qui vient d’avoir eu lieu au Rouge-Cloître, on réalise à quel point l’œuvre de Mario Ramos est hyper cohérente. Il a toujours traité la question de la place des enfants, du respect qu'on peut avoir pour eux. Il encourage les enfants. Il a été primé à de nombreuses reprises. Il aborde les questions importantes pour l'enfant mais il faut aussi percuter les adultes. C'est un échange à trois. Dans «Le plus malin », on sent particulièrement qu'il a pris du plaisir.

"Mario Ramos est un grande perte. C'est un auteur de référence. "

Il a fait tous ses livres chez Pastel et cette journée du 7 novembre qui lui est dédiée est partagée chaque année pour lire ses histoires.

© Mario Ramos


Le petit sorcier de la pluie

Carl Norac et Anne-Catherine Boel forment un duo intéressant car ils nous font voyager très loin. Carl a aussi démarré chez Pastel. Il écrivait de la poésie puis il a fait des albums.

C’est une manière de dire que l'écriture est importante aussi dans les albums. Il n'y a pas de frustration de romans chez les auteurs.

Si Anne-Catherine dit qu'elle aimerait dessiner l’Australie, Carl écrit pour elle.


"Ce sont souvent des contes initiatiques qu'il raconte avec elle".

Elle fait des recherches de son côté et les choses se complètent.

Comme avec Claude K.Dubois, Louis Joos, Kitty Crowther, Jean-Luc Englebert.

© Anne-Catherine De Boel


Le voyage d'Oregon.

Un livre magnifique de 1993 de Louis Joos. Un livre improbable, avec un clown, un ours, qui parle au plus profond de nous-mêmes et raconte ces personnages exclus qui se retrouvent dans des immensités en Oregon.

"C’est audacieux de proposer cela."

Louis Joos vient du du noir et blanc et manie hyper bien la couleur. Sa collaboration avec Rascal est particulière. Il commence l'histoire, ne la termine pas. Louis Joos dessine et Rascal finit le récit. On retrouve un côté proche de l'écriture dans ses dessins.

© Louis Joos


La boîte rouge

De Carl Norac et Stéphane Poulain, la star de l’illustration au Québec. Il travaille sur toile, à l'huile, de manière classique. Tous deux se sont rencontrés en voyage et sont devenus très proches en étant très loin.

"Le père de Stéphane Poulain avait eu l'occasion d'aller dans les réserves d'Indiens."

L’on voit ici que les auteurs Pastel ne sont pas forcément tous Belges et qu’il importe de s'ouvrir ailleurs.

© Stéphane Poulain

  • Plus d’infos sur : www.ecoledesloisirs.fr/collection/pastel