Livres - BD

Alexandre Paternotte de la Vaillée a eu l'excellente idée de mettre par écrit les mille et un souvenirs qu'il a accumulés au cours d'une carrière exceptionnelle. Fils d'ambassadeur, ambassadeur lui-même, c'est dès l'enfance qu'il a ouvert les yeux sur les turbulences du monde et sur une vie diplomatique qui a beaucoup évolué depuis ses jeunes années en Pologne. Il a encore appartenu à " la dernière tribu portant des plumes sur la tête ", comme disait Abel Hermant. L'Arrêté royal du 15 juillet 1920 prescrivait, en effet, que les agents diplomatiques portent un bicorne garni de plumes noires, les envoyés extraordinaires et ministres plénipotentiaires arborant, eux, des plumes blanches. D'où le titre du livre.

Né en 1923 à Berne où son père était Secrétaire de Légation, le petit Alexandre avait une mère américaine, Anna Cruger, qui lui enseigna l'anglais dès le berceau. En 1929, l'enfant accompagna ses parents à Casablanca, puis à Rome et, en 1932, à Téhéran. On peut imaginer les couleurs, les odeurs, les usages et les paysages que sa juvénile mémoire enregistra. En 1936, la petite famille se transporta à Varsovie, où son père était nommé ministre de Belgique et où les nuages commençaient d'obscurcir l'horizon.

LA LIBÉRATION DE BRUXELLES

Après l'écrasement de la Pologne, il retrouve ses parents à Ankara où son père était nommé et où il constate à partir de 1942 les persécutions dont sont victimes les juifs, les grecs et les arméniens. En 1943, il sort licencié de la Faculté de droit que les jésuites gèrent à Beyrouth. L'année suivante, il gagne l'Angleterre par le Caire et rejoint les Forces belges, avec lesquelles il débarquera à Arromanches en août 1944. En septembre, il entre avec son escadron à Bruxelles, par la chaussée de Mons. Puis c'est la Hollande et l'Allemagne. Ayant obtenu la permission de se rendre en Angleterre, il arrive dans un Londres en folie, le jour même où la fin de la guerre est annoncée. Retour à la vie civile. Mariage. Concours diplomatique. Premier poste à l'étranger : Washington (1946-49), alors que son père est notre ambassadeur à Ottawa. Après un retour au département à Bruxelles (1949-52), il gravira avec une régularité exemplaire les échelons de la Carrière : attaché culturel à Paris (1952-58), premier séjour au Brésil (1957-62), responsable de la politique scientifique au siège à Bruxelles (1962- 66), ministre à Beyrouth (1967-70), retour au Brésil (1970-75), responsable du dialogue euro-arabe aux Affaires étrangères (1975-79), ambassadeur à Paris (1979-84), puis auprès du Saint-Siège (1984-88). Sonne alors l'heure de la retraite...

La diversité des postes qu'il a occupés, la délicatesse des problèmes qu'il a traités, le tact à déployer en toutes circonstances, les personnalités rencontrées - du général Eisenhower au pape Jean Paul II, du roi Léopold III au roi Hussein de Jordanie, de Jacky Bouvier, qu'il initia au ski nautique avant son mariage avec Kennedy, au duc de Windsor, malheureux exilé par amour -, Paternotte de la Vaillée témoigne d'une mémoire si impeccable qu'on a quelquefois le sentiment de lire un "Who's Who ?". On peut, à ce propos, regretter la grande réserve que l'homme de devoir et de bonnes manières observe à propos des ministres qu'il a connus et des politiques qui furent suivies. Cette élégance morale (un peu frustrante tout de même) est compensée par les anecdotes et les traits que le cavalier émérite, skieur nautique, causeur caustique et diplomate dans l'âme égrène pour notre plaisir.

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