Livres - BD

Remontant le cours de l’existence de sa grand-mère, Véronique Gallo ouvre son récit à une perspective qui dépasse le portrait intime d’une femme à laquelle elle entend rendre justice. En regardant cette Italienne émigrée à Liège comme, sans doute, celle-ci n’avait jamais été regardée durant sa vie d’endurance et de silence, elle témoigne pour nombre de femmes, demeurées inaperçues dans l’acceptation d’un destin de subordination et de beaucoup de solitude. C’est en cette reconnaissance à travers l’une d’entre elles, que "Tout ce silence" touche parce que le livre englobe, ainsi que le souligne Gabriel Ringlet dans sa préface, "un pays, une culture, une immigration, une religion, une résistance aussi, un combat". Combat de survie dans les épreuves. Combat contre la maladie lorsque celle-ci blesse l’intégrité et la fierté de la personne que l’on est et voudrait rester.

Une enfance où l’éducation et l’affection n’étaient pas la priorité de parents pauvres. La perte de la mère avant celle du père et du frère de référence éprouvée comme une incitation à se marier tôt avec un mari épousé sans passion. Quitter ses paysages de soleil et de montagnes pour un pays de grisaille dont on ne parle pas la langue. L’intégration est difficile. Mais aux larmes enfouies de la nostalgie répond un sentiment de liberté et la volonté de rallier l’annonce de bonne nouvelle des témoins de Jéhovah. L’alcoolisme du mari, l’ambition de l’un des fils, le suicide du cadet ont un rôle dévastateur dans une vie que désertent peu à peu tous les rêves. Les étapes de cette histoire assez banale pour être exemplative alternent avec celles de la fin de vie dans un aller et retour entre un présent que partage la narratrice et le passé qu’elle reconstitue tant bien que mal.

Lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer des os, la vieille dame dont les petits-enfants auront été la plus grande joie trouve refuge dans un mutisme digne, se rebelle contre les traitements et fait surtout promettre à sa petite-fille de ne jamais la forcer à quitter sa maison. "Voglio morire qui." Enfermée chez elle où elle attend les visites - elle n’a jamais aimé voyager, sortir -, refusant soudain un Dieu de souffrance, elle devient triste, aigrie par la douleur, égocentrique. Sa fin ne sera évidemment pas celle qu’elle réclamait. Et c’est probablement sa trahison obligée à la parole donnée qui a incité Véronique Gallo, par ailleurs comédienne et dramaturge, à écrire ce premier roman de tendresse, de complicité et de vérité où elle donne voix à une femme qui s’était sans doute trop tue.

Tout ce silence Véronique Gallo Desclée de Brouwer 112pp., env. 12 €