Sacré "major de Poperinge"!

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

En préparant au printemps de 2007 l’exposition annuelle organisée au château de Louvignies (Hainaut), la châtelaine actuelle, Florence de Moreau de Villegas de Saint-Pierre, avait découvert au fond d’un coffre une série de documents inédits de sa grande-tante Maria. Un vrai régal pour cette historienne de l’art et de l’archéologie de l’ULB qui, comme nombre de personnes bien nées, sait encore cultiver le respect des valeurs et des traditions de ses aïeux. Ce qui, dans le cas présent, a débouché sur un travail de mémoire remarquable pour mettre en lumière une héroïne discrète de la Grande Guerre...

Florence de Moreau de Villegas avait en effet mis la main sur des archives très interpellantes car celle qui par son mariage était devenue comtesse van den Steen de Jehay s’était illustrée d’une on ne peut plus noble manière en 14-18.

FEU PATRIOTIQUE

En effet, plutôt que de subir les événements et surtout animée par un feu patriotique ardent qui la fit servir la Belgique et son Roi, elle avait décidé de fonder une ambulance -un hôpital- de la Croix-Rouge au château de Chevetogne pour soigner les militaires blessés. Les Français d’un côté du salon, les Allemands de l’autre et la comtesse sur le perron pour observer si la neutralité n’était pas mise à mal. Mais sa résidence fut occupée par les troupes allemandes et elle décida d’aller sur le front comme infirmière militaire. Pas sur un coup de tête: elle avait fondé l’école d’infirmières Ste-Camille à Bruxelles.

Ce n’était point gagné d’avance car l’heure n’était pas encore à la reconnaissance des qualités intrinsèques des "filles d’Eve" et les autorités médicales, dont le fameux Dr Antoine Lepage, n’étaient pas nécessairement convaincues de la qualité de l’apport de la comtesse qui avait beaucoup de répondant et de bagout car elle se doublait d’une femme de lettres.

ENVIRONNEMENT ÉCLECTIQUE

Qu’à cela ne tienne, chez les Moreau de Villegas de Saint-Pierre, les femmes sont des "dures à cuire" et Maria alla se présenter à l’hôpital du duc de Vendôme à Calais où elle fut admise comme... lingère. Une manière de reculer pour mieux sauter. Rendant régulièrement visite au front belge et par ses relations, elle se vit proposer de diriger l’hôpital Elisabeth à Poperinge, dans la "British Area". Un hôpital qui recueillait les victimes du typhus. Il contribua à sa manière à l’essor de l’œcuménisme: la directrice avait à ses côtés des Quakers britanniques de 20 ans à côté de bonnes soeurs en cornettes, expulsées de leurs couvents, et d’infirmières aussi intrépides que Maria de Moreau...

Dans cet environnement éclectique mais dévoué, la châtelaine était à la fois au four et au moulin: Maria van den Steen ne se contenta pas de soigner militaires et civils, elle participa aussi au redresement de la région. La reine Elisabeth qui appréciait beaucoup son action l’avait surnommée "le major de Poperinge"!

Voici les grands axes de l’action de la comtesse-infirmière mais sa petite-nièce a émaillé son récit de moult citations et observations qui font revivre de grands moments de la Première Guerre, en ce compris l’implication réelle du roi Albert et de la reine Elisabeth. De quoi rabattre le caquet de ceux qui expriment parfois encore des doutes sur l’implication directe du couple royal aux côtés de leurs troupes...

Christian Laporte

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