Livres - BD Saint-Malo a vécu, de vendredi à dimanche, au rythme du flux et du reflux des images avec la 24e édition de "Quai des bulles", son festival annuel de BD, qui a attiré plus de 30.000 visiteurs.

Dans le Palais du grand large, près des remparts, ils ont pu rencontrer quelque 230 auteurs (un nombre record) mais aussi admirer les nombreuses expositions, onze au total, voir une dizaine de films d'animation, assister à plusieurs séances du "conte à bulle", spécificité de Saint-Malo où un dessinateur illustre en direct sur grand écran le récit d'un conteur, ou encore participer aux conférences et débats autour d'un auteur. Parmi ceux-ci, un nouveau venu qui vient de signer son premier scénario de bande dessinée mais qui est loin d'être le premier venu: Jean-Jacques Beineix.

Le cinéaste avait été invité à double titre, pour son album de BD sorti le mois dernier seulement, "L'Affaire du siècle", une histoire de vampires et de vampirettes modernes, mais aussi pour "Otaku, fils de l'empire du virtuel", un documentaire sur les amateurs atteints de collectionnite au Japon qu'il a réalisé en 1994 et qui a été projeté en ouverture du festival.

Si les stands des éditeurs ont été comme toujours pris d'assaut par les chasseurs de dédicaces, les expositions ont elles aussi connu une telle affluence que les organisateurs ont parfois dû filtrer les entrées.

La qualité et la diversité étaient d'ailleurs au programme que ce soit l'exposition militante dénonçant la dictature en Birmanie ou les accrochages plus traditionnels dans un festival comme l'expo consacrée à l'univers elfique de René Haussmann, aux gentils animaux de Bernard Ciccolini, aux maléfiques légendes bretonnes de Dieter et Heurteau, aux paysages maritimes de Jo Pinelli, aux musiciens de jazz "black and blues" de Louis Joos...

La vedette, toutefois, est revenue à Sergio Toppi, invité d'honneur de "Quai des bulles" 2004, et à la grande exposition rétrospective qui a permis de découvrir somptueux paysages et guerriers hiératiques surgis de la nuit des temps quand l'ancienne Europe n'avait pas encore découvert le nouveau monde.

L'Italien a partagé ce vedettariat avec le Français Jean-Pierre Gibrat, qui a, lui aussi, eu droit à une exposition particulièrement importante et qui, de surcroît, s'est adjugé le grand prix de l'édition 2004. 50 ans cette année, Gibrat est l'auteur de "Visions futées", "Quelques jours en juin", "Le sursis", "Le vol du corbeau"... Graphisme classique et charnel à la fois et couleurs éclatantes pour des histoires intimistes souvent situées lors de la dernière guerre mondiale.

Par ailleurs, le prix "ballon rouge", attribué à un jeune auteur, a été décerné cette année à Daphné Collignon, 27 ans, qui vient de réaliser sa première bande dessinée: "Le rêve de pierre". Enfin, le "Petit Robert", prix revenant à un scénariste, a été décerné à Olivier Jouvray, 34 ans, l'auteur de la série "Lincoln", sorte de western mystique et déjanté.