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Sur ses presque trois quarts de siècle d’existence terrestre, Goswin de Stassart connut pas moins de quatre régimes différents: sa jeunesse se fit sous la domination autrichienne et de Joseph II dont l’auteur de ses jours était un grand partisan; il s’engagea ensuite sans restrictions au service de Bonaparte puis servit comme opposant sous le régime hollandais avant de devenir un acteur de pointe de la Belgique contemporaine. Issu d’une famille de noblesse de robe namuroise, ce personnage hors pair, qui était à la fois un fin politique et un homme de lettres, fut aussi une personnalité éminente de la franc-maçonnerie chez nous, ayant notamment été Grand Maître du Grand Orient de Belgique quelques années à peine après sa création.

Ces multiples dimensions l’amenèrent à jouer un rôle essentiel dans la mise en place de la Belgique actuelle. De quoi aiguiser sérieusement l’intérêt de Marie-Rose Thielemans, chef de département honoraire aux Archives générales du Royaume et professeur honoraire à l’Université libre de Bruxelles, dont on connaissait l’intérêt pour la période médiévale mais aussi pour le règne d’Albert Ier. On en avait un peu oublié qu’elle était également une spécialiste de l’histoire institutionnelle de nos régions sous le régime français. Mme Thielemans a, en tout cas, consacré le temps qu’il fallait au personnage de Stassart pour nous en livrer une biographie qui se double d’éclairages aussi éclectiques qu’intéressants.

Goswin de Stassart était au fond un Européen avant la lettre: auditeur au Conseil d’Etat à Paris, il suivit de près les traces de la Grande Armée de l’Empereur, non point comme militaire mais comme intendant. Cela l’amena à administrer des territoires au Tyrol, en Pologne et en Prusse dont la ville de Berlin. Préfet à Avignon puis à LaHaye, le baron de Stassart devint membre de la Seconde Chambre des Etats-Généraux des Pays-Bas non sans avoir entre-temps été envoyé chez l’empereur d’Autriche par Napoléon pendant les Cent jours. Mais Stassart qui s’opposa finalement au régime hollandais marqua surtout les débuts de la Belgique indépendante. Partisan avoué d’une réunion avec la France, il eût préféré voir un Roi français sur le trône de Belgique. Ce qui n’empêcha pas son épouse d’être dame au palais de la reine Louise-Marie! Très nettement partisan de l’unionisme (qui réunit libéraux et catholiques de 1828 à 1846), ce catholique ouvert dut affronter frontalement les évêques de Belgique après son élection à la tête du Grand Orient de Belgique. Désormais, le parti catholique en fit une cible récurrente, ce qui l’amena à perdre la présidence du Sénat. La franc-maçonnerie répliqua du tac au tac et, en 1839, il fut élu sénateur à Bruxelles, à Nivelles et à Namur. Un triple pied de nez qui le priva ensuite du poste de gouverneur du Brabant.

Une période extraordinaire où les rebondissements succédaient sans relâche aux coups de théâtre. Stassart, qui était aussi un fabuliste apprécié et qui présida l’Académie royale, n’en resta pas moins un zélateur acharné de l’unionisme. Une conception nourrie par le fait qu’il demeura pendant toute sa vie un libéral dans l’esprit des Lumières. En ce temps-là, les politiques étaient d’abord des hommes de conviction(s)