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Fallait-il publier une version en couleurs de "Tintin au pays des Soviets" telle qu’elle sort en librairie ce mercredi ? Dans notre édition d’hier, Michel Bareau, le directeur artistique de Moulinsart, n’y voyait pas une trahison, Hergé n’ayant, selon lui, pas eu l’opportunité et le temps de retravailler l’album pour permettre sa mise en couleurs. Cet avis, Alain Baran, un ami d’enfance d’Hergé qui fut aussi son secrétaire particulier de 1978 jusqu’à sa mort en 1983, ne le partage pas. "A moins qu’il ait changé d’avis, dans les conversations que j’ai pu avoir avec Hergé, il n’a jamais été question de refaire cet album pour le mettre en couleurs", explique-t-il.

"Soyons clair, précise Alain Baran, j’admire le travail réalisé. Techniquement, c’est très beau, subtil et fait avec beaucoup de finesse." Il ne remet pas non plus en question le respect qu’a Fanny Rodwell pour l’œuvre de George Rémy dont elle est la légataire universelle. Mais à ses yeux, "personne, en dehors d’Hergé lui-même, ne pouvait entreprendre la mise en couleurs de ‘Tintin au Pays des Soviets’ aux fins d’un album entier commercialisé au même titre que les 22 autres aventures de Tintin portant la signature ‘Hergé’". Cette publication sous le nom d’Hergé, porte atteinte, juge-t-il, au principe selon lequel une œuvre doit rester dans l’état où son auteur l’a laissée au moment de son décès, au moins pendant toute la période protégée par le droit d’auteur.

Pour l’ancien secrétaire particulier d’Hergé, cet album colorisé pouvait paraître, mais sous une présentation différente, comme cela a été fait pour la réédition des "Soviets" en 1973. Une édition parue sous la forme d’archive.