Tributaires de leur mère

Geneviève Simon Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

A côté des histoires d'amour, les relations mère-enfant sont peut- être le sujet le plus prisé des auteurs de fiction. Parmi l'abondante moisson de cette fin d'été littéraire, deux romans notamment - et avec des bonheurs divers - ont pour charpente cette thématique qui touche tous les lecteurs - nous avons tous une mère.

Pour son septième roman, Stéphanie Janicot a construit un texte nettement plus intéressant que son fade `Une Traviata´ paru l'an dernier, même s'il n'est pas de la même trempe que l'inégalé `Salam´ (Zulma, 1999). `Non, ma mère n'est pas un problème´ voit s'alterner deux récits, celui d'une mère via un journal intime couvrant trente-sept années de sa vie, et celui du fils de celle-ci, qui déballe ce qu'il veut bien face à son psychanalyste.

LIBERTÉ

D'Anna, l'on suit l'histoire d'un mariage qui tourne à l'aigre, chacun attendant de l'autre ce qu'il ne pouvait lui donner. La naissance d'un fils, les désillusions, la recherche d'un sens à donner à sa vie: Anna retrouvera une part de liberté grâce à l'accélérateur que fut pour de nombreuses femmes mai 68. Aaron, son fils devenu journaliste, s'est quant à lui lancé dans une psychanalyse pour séduire celle qu'il aime. Sceptique face aux résultats à attendre de cette démarche - il se dévoile d'ailleurs très peu -, il tente pourtant de comprendre pourquoi les femmes lui accordent plus spontanément leur amitié que leur amour. La relation à sa mère aurait-elle tout influencé?

Roman sur la difficulté qu'éprouvent parents et enfants à se comprendre et à se connaître par-delà l'amour, `Non, ma mère n'est pas un problème´ prouve à nouveau l'habileté de Stéphanie Janicot à changer d'univers d'un titre à l'autre. Des deux destins ici narrés, celui de la mère est émotionnellement le plus fort, peut- être parce que si `aucune mère ne mérite un amour absolu´, `très peu devraient subir un grand opprobre´. Le tout est écrit sans fioritures, allant à l'essentiel alors que la narration réserve sa part d'inattendu. C'est sobre, efficace, et donc prenant.

PRESSIONS ET CHANTAGE

Avec `Du sexe féminin´, Karine Tuil plonge le lecteur au coeur d'une famille juive à l'apparence ordinaire. À trente ans, Emma, la fille, n'est toujours pas mariée, au grand dam de sa mère. Car pour cette dernière, naître fille est un handicap qui ne s'atténue que dans le mariage, la procréation et le dévouement aux siens.

Mais Emma a d'autres desseins: l'indépendance et les miettes de temps que son amant (marié) veut bien lui accorder, quand Paul, son frère, a pris ses distances vis-à-vis de ce `produit toxique´ qu'est leur mère en allant s'installer aux States. Mais un souci cardiaque rappelle les deux enfants au domicile familial. La machine maternelle s'emballe alors, noyant Emma et Paul sous les pressions et le chantage. `Un roman tragi-comique´, annonce le quatrième de couverture. Mais, pour lier sa sauce, Karine Tuil (`Pour le pire´, `Interdit´) a omis un ingrédient essentiel: l'émotion. Comme la maternité, réduite ici à une liste de tâches (écouter, cuisiner, ranger, lessiver, soigner, accueillir, se tracasser...) à accomplir avec un sens aiguisé du devoir, le roman laisse désespérément froid.

© La Libre Belgique 2002

Geneviève Simon

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