Livres - BD

Florissante et inégale, la littérature pour adolescents explose depuis plusieurs années. Grâce, entre autres, à la fantasy. Loin des tendances et proche de l’essence de la littérature, L’Ecole des loisirs s’est toujours distinguée dans ce secteur grâce à une réelle politique d’auteurs menée depuis 27 ans par Geneviève Brisac, une grande dame de la littérature ("Week-end de chasse à la mère", Prix Femina en 1996). Une politique qui a permis à Marie Desplechin, Olivier Adam, Valérie Zenatti, Florence Seyvos ou Chris Donner de voir le jour. Sans parler de Claude Ponti. Ou de notre compatriote Thomas Lavachery, le "papa" de "Bjorn le Morphir" qui dit avoir passé quinze merveilleuses années avec son éditrice et sa collaboratrice Chloé Mary.

Droit de regard

Reconnaissables entre tous, avec leur couverture couleur crème, les romans de L’Ecole ont toujours incarné la qualité. Or il semblerait, depuis quelque temps, que les logiques économique et artistique ne se rencontrent plus. Et dire que la maison traverse certaines turbulences relève de l’euphémisme.

Après avoir soufflé dignement ses cinquante bougies en 2015, le vent a tourné. Suite aux chiffres de ventes qualifiés de catastrophiques de certains romans, Arthur Hubschmid, directeur éditorial, a demandé un droit de regard avant publication. Depuis, Geneviève Brisac est en arrêt de maladie. Sur les réseaux sociaux, les réactions fusent. Plusieurs auteurs ont créé un blog (laficelleblog.wordpress.com) pour dénoncer "une nouvelle (bien que datée) logique libérale et brutale" à l’Ecole des loisirs.

"Un objet qui ne se vend pas comme des baskets"

Agnès Desarthe ("Ce cœur changeant", L’Olivier, 2015), quant à elle, a alerté tous les auteurs en décembre dernier face, nous dit-elle, "aux dérives observées, à la perte de la diversité et de l’audace. L’objet culture est un objet complexe qui ne se vend pas comme des baskets. Le désir d’écrire est fragile et pourrait finir par disparaître. Geneviève Brisac a le don de faire naître des livres malgré vous. Elle a amené en France une littérature qui n’existait pas."

Directeur général de la maison d’édition, Louis Delas nous dit "admirer Geneviève Brisac mais regretter une dérive trop sombre ces dernières années de certains romans dans une proportion trop importante. Je veux renouer avec l’ADN de l’Ecole des loisirs dont le but est de donner aux jeunes des clés de lecture, de leur permettre de s’identifier aux héros. Mon rôle est d’assurer l’avenir de la maison."