Un automne très japonais

A.Lo. Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

C'est une évidence de dire que la bande dessinée est désormais bien implantée sur le marché européen. Elle nourrit régulièrement les chroniques, quitte, même, à s'infiltrer dans la rubrique "Faits divers" : le cas malheureux du corps démembré retrouvé à Bruxelles, accompagné de références à la série "Death Note". Mais en cet automne, l'actu se multiplie et dénote aussi une forme de légitimation des mangas tous azimuts.

L'infatigable Jirô Taniguchi, auteur parmi les plus traduits et les plus respectés chez nous, revient sur les rayons des librairies avec son premier album "européen". "La Montagne Magique" (Casterman) est en effet sa première oeuvre conçue directement à la demande d'un éditeur franco-belge. D'aucuns s'échinent en effet à fusionner BD d'ici et de là-bas - quitte à risquer de gommer ce qui fait l'originalité, et l'intérêt, de chacune. "Quand le manga rêve d'Occident" est précisément le titre de l'exposition que consacre le Musée d'Art japonais au Mangaka. Jusqu'au 6 janvier, il est possible d'y admirer des planches originales extraites de "Icare" (dont le scénario avait été signé par Moebius), de "Le sommet des dieux" et de "Seton", série dont le troisième tome vient d'être traduit chez Kana.

Rendez-vous à Liège

Taniguchi sera aussi présent à travers des planches de "La montagne magique" à la deuxième édition du Festival AsiAnim, qui se tiendra au Palais des Congrès de Liège ces 27 et 28 octobre. Organisé par les librairies Slumberland, l'événement est en passe de devenir LE rendez-vous des amateurs de mangas et de bande dessinées asiatiques (n'oublions pas que la Corée du Sud s'impose aussi de plus en plus sur le marché). Bandes dessinées, DVD, produits dérivés seront disponibles dans une espace "Boutique", tandis que le public pourra expérimenter le dernier cri des jeux vidéos ou découvrir des productions récentes d'animes (dessins animés). Enfin des ateliers et conférences permettront de développer la dimension culturelle spécifique des bandes dessinées asiatiques - calligraphie, jeu de go, origami seront notamment présentés au public. L'événement s'accompagnera, en outre, d'un grand concours de Cosplay (déguisement), le 28 à 14 h 30.

Parcours historique

Pour ceux qui restent encore dubitatifs quand à l'apport artistique de cette bande dessinée beaucoup plus diversifiée que sa lointaine cousine européenne, tout comme pour les amateurs curieux de compléter leur savoir, on ne saurait trop recommander la découverte de "Mille ans de mangas". Dans ce magnifique ouvrage, somptueusement illustré, Brigitte Koyama-Richard, professeur de littérature comparée et d'histoire de l'art à l'Université Musashi de Tokyo, remonte jusqu'au VIIe siècle pour trouver les racines de ce mode d'expression moderne. A la fois caricature et reflet de la vie quotidienne, la peinture classique japonaise révèle énormément de similitudes avec le manga moderne - qui émerge vers 1925.

Passionnant, l'ouvrage pointe avec pertinence l'influence des beaux-arts européens dont les artistes japonais prennent connaissance dès le début du XVIIIe siècle à travers les livres. Des artistes comme Shiba Kôkan, par exemple, découvrirent l'eau-forte et la perspective. L'introduction des lanternes magiques au tournant du XIXe siècle augure aussi des prémices de l'animation, qui entretient toujours au Japon des liens plus étroits avec la bande dessinée qu'en Occident. A la même époque, Katsushika Hokusai poussera l'estampe japonaise à son niveau d'excellence. Parallèlement, il développe caricatures et dessins satiriques, inventant le terme "manga" ("esquisse", " dessin léger" ou "dérisoire").

Les très belles reproductions de l'ouvrage témoignent des influences et similitudes entre artistes japonais d'hier et d'aujourd'hui, mais aussi peintres européens et nippons. A tous points de vue, un travail édifiant et érudit.

A.Lo.

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