Livres - BD

Il faudra malheureusement attendre plus de deux cents pages pour que résonne "The Cuckoo’s calling" ("L’Appel du Coucou"), le nouvel opus de J.K.Rowling publié chez Grasset sous le pseudonyme de Robert Galbraith. Une déception d’abord. De regrettables maladresses d’écriture (et/ou de traduction ?) freinent en effet la lecture des premiers chapitres plutôt ennuyeuse. Mais force est d’avouer qu’au fil de l’intrigue, la curiosité s’attise, l’écriture se fluidifie et la construction se complexifie pour se clore en un final éblouissant dont J.K.Rowling a le secret même si elle n’atteint pas, dans la veine réaliste, la magie et la maîtrise dont elle fit preuve avec la série des sept tomes de "Harry Potter", le coup de génie de l’édition de ces cinquante dernières années. Toutefois, cette grande dame de la littérature creuse son nouveau sillon, celui du policier, un genre qui l’a nourrie dans sa jeunesse et dont elle démontrait déjà sa connaissance dans l’intéressant "Une place à prendre"(Grasset, 2012). Avant, cependant, d’entrer dans le creux de l’intrigue, un bref rappel des circonstances et du mini feuilleton de l’été qui ont entouré la sortie de ce récit, le premier volet des aventures du détective Strike, dans la tradition du grand roman policier classique illustrée par Ruth Rendell et P.D.James.

Désireuse de connaître à nouveau les joies d’un premier roman, J.K.Rowling écrit sous pseudonyme comme au temps d’Emile Ajar alias Romain Gary. Pari gagné, dans un premier temps du moins. Le livre, peu vendu, reçoit un accueil très favorable de médias plus que respectables dans le monde anglo-saxon. "Eblouissant" écrira "The Times" ou encore "Galbraith accomplit un prodige !" selon le "Publishers Weekly". Le pot aux roses sera cependant vite découvert par le "Sunday Times" suite aux fuites (orchestrées ?) sur Twitter, d’un membre du cabinet d’avocats de l’auteure.

Il n’en fallut pas plus pour que la sortie du nouveau J.K.Rowling (furieuse) soit à nouveau assortie d’un battage médiatique et qu’il caracole en tête des ventes. En choisissant, en outre, un nom comme Galbraith, semblable à celui du célèbre économiste américain ("L’Ere de l’opulence", 1958 et "Le Nouvel Etat industriel", 1967, collaborateur de Roosevelt), l’une des femmes les plus riches d’Angleterre risquait d’éveiller quelques soupçons. Et en matière de soupçons, elle semble s’y connaître comme le confirme ce policier qui ne se passe plus dans la banlieue londonienne mais dans les prestigieux Kentigern Gardens, appartements surveillés et prison dorée où vivait Lula Landry, belle métisse au visage magnétique, au sourire ravageur et à la vie ravagée. La célèbre mannequin se serait en effet jetée du haut de son balcon par une froide nuit d’hiver sans motif apparent. Suicide ou meurtre ? Voilà ce qu’il faudra éclaircir au fil des cinq cent septante pages de ce polar glamour où rôdent un frère adopté mal-aimé, un compagnon instable, égocentrique, oiseau de nuit drogué et peu attentionné, un couturier maniéré et hyperdoué, un oncle infernal, une mère adoptive en fin de vie, des paparazzi oppressants, etc. Tout un monde d’apparences au sein duquel le détective privé Cormoran Strike et sa secrétaire Robin vont devoir évoluer pour mieux comprendre ses secrets, trahisons, malheurs et désirs de vengeance.

Convenue au début, la relation de ces deux êtres en transit - Robin est intérimaire et Strike, qui campe dans son bureau, vient de rompre avec sa fiancée - prendra un tour attachant sans tomber dans les clichés. Que Robin aime son travail mais que Strike n’ait pas les moyens de la garder occasionnera de légers rebondissements en parallèle à ceux de l’enquête, qui finira, elle, par tenir le lecteur en haleine.

Le suspense n’est cependant pas le seul atout de ce roman. Cormoran Strike, fin stratège dont la démonstration finale fascine, en est un autre. Galbraith-Rowling a réussi, en effet, à rendre ce personnage, plutôt bourru, attachant malgré sa prothèse, son surpoids, son manque d’hygiène et son aspect négligé. Un nouveau détective est né.

L’Appel du Coucou Robert Galbraith traduit de l’anglais par François Rosso Grasset 576 pp., env. 21,50 €.