Livres - BD

Un écrivain très singulier vient de s’éteindre à Bruxelles : Vincent Malacor, né à Anvers, sous le nom de Vincent Van den Bosch, en 1938. Il se doublait d’un avocat aux dents pointues, mais aussi d’un esthète raffiné, d’un musicien dont la bibliothèque garde en mémoire les concerts de piano qu’il concoctait pour ses amis.

Le mal inguérissable qui l’a emporté s’appelle révolte contre le mensonge, refus des trahisons, dégoût des compromissions. Ce qui l’a soutenu à travers obstacles et chausse-trappes : un courage continu pour tenter de traverser les situations les plus complexes, une intelligence aiguë qui s’attachait à élucider les énigmes les plus obscures, une générosité qui passait à l’acte (à travers les médias, dont la télévision) dès qu’il fallait défendre des droits lésés comme ceux, notamment, de certains dissidents des pays de l’Est.

Car son appartenance à des associations consacrées aux problèmes des exilés et, par ailleurs, sa responsabilité de secrétaire général du Pen Club de Belgique, voué à la défense des écrivains en prison (dirigé par Huguette de Broqueville) ont achevé de donner à ce créateur hors norme une carrure qui entrera dans la légende.

Arcanes des pouvoirs

Son dernier roman "Procédure sauvage" (éd. Thomas Mols, voir "Lire" 14-11-08) constitue le portrait à l’aigu d’une démocratie (la nôtre ). Portrait qui pénètre jusqu’aux arcanes insoupçonnés des pouvoirs. Son héros : l’avocat Thierry Penthièvre. Et, ainsi qu’il y a, dans notre capitale, des tunnels qui changent notre perception du temps et de l’espace, pour déboucher sur un démiurgique Palais de Justice, les voies où s’engage le romancier le mènent (et nous à sa suite), vers d’inexorables prises de conscience. Son écriture raffinée, à la fois précise et allusive, y est celle d’un poète aux images inattendues. Les réalités les plus dures et les plus nues s’enfoncent ainsi sans retour dans la conscience des lecteurs.

Ce roman avait été précédé (et, d’une certaine manière, préparé) par les "Carnets d’un dictateur" (La Longue Vue, 1989) dont Paul Willems disait, dans sa préface, qu’il s’agissait d’un "essai poétique qui nous repose des innombrables et pesantes théories sur la politique". Il ajoutait, citant Malacor : "Le fait que l’on dit historique ne peut être saisi à l’état brut. Il est porté à la connaissance par le verbe. Il est instantanément manufacturé par le sens et la culture." Malacor offrait "ce terrible livre qui contient, selon moi, une partie de la colère du monde, celle de ma jeunesse".

Ces "Carnets" avaient été suivis du "Rendez-vous de Waterloo" (Bernard Gilson, 2001) où l’Histoire avait été subtilement revisitée. Aujourd’hui, les textes parus en revues, dont les fragments d’un "Bestiaire" dans lequel Malacor multiplie son approche "politiquement incorrecte" de la vie, mériteraient d’entrer dans une réédition globale qui donnerait à l’ensemble de cette œuvre singulière tout son sens. Et sa grandeur.