Livres - BD Voix majeure des lettres hongroises, décédé en 2016, Péter Esterházy a investi avec hardiesse l’Evangile selon saint Marc dans un exercice éloquent. Le destin d’une famille aristocrate s’y éclaire de résonances multiples.

C’est à un exercice à la fois audacieux et ambitieux que s’est livré, peu avant sa mort, l’écrivain hongrois Péter Esterházy (1950-2016) : mêler, dans un même récit (qui se garde d’ailleurs de se nommer ‘roman’), l’Evangile selon saint Marc - le premier évangéliste dont il n’hésite pas à s’approprier le texte en le transposant à la première personne - et une enfance hongroise d’après-guerre. Celui qui nous la raconte est un enfant qui ne parle pas. On le croit sourd et muet, or c’est une ruse sur laquelle lui-même ne s’explique pas. Cela lui confère en tout cas une position unique : le croyant "sourdingue", protégé par l’innocence qui est nécessairement la sienne, son entourage s’exprime sans retenue en sa présence.