Livres - BD ça est arrivé 2e dans notre sondage sur vos méchants de la littérature favoris. La suite, jeudi prochain.

Au rang de la terreur, "Ça" se place en deuxième position dans notre sondage estival. On le comprend. L’entité maléfique créée en 1986 par Stephen King, maître du genre, se manifeste certes en priorité sous la forme d’un clown - Pennywise en anglais, Grippe-Sou en français. Mais elle peut aussi, et surtout, prendre la forme des peurs viscérales de tout un chacun. Enfouie dans les fondations de la ville de Derry, elle surgit tous les vingt-cinq ans pour se nourrir - généralement des enfants, dont les peurs sont aisées à matérialiser.

Dans le roman, un groupe de sept enfants, le Club des Ratés, la repousse une première fois en 1957. Devenus adultes, ils l’affrontent à nouveau dans les années 1980. La forme réelle de "Ça" se rapprocherait d’une arachnide géante - seul un protagoniste du roman la verra.

Croisement entre le Freddy des "Griffes de la nuit" - dont le premier opus est sorti sur les écrans en 1984 - et le Croquemitaine des légendes, "Ça" bénéficiait sur le papier de la prose inspirée de Stephen King. Le roman, alternant les époques, offre une variation glaçante des monstres littéraires ou cinématographiques. De "It", en anglais, le titre traduit par "Ça" en français ajoute une signification freudienne : le "Ça" est le centre des pulsions où se mêlent réel et imaginaire.

Cette œuvre charnière pour King ponctuait une série de romans centrés sur l’enfance. La force du récit est que, par la nature même de la créature, le lecteur y projette ses propres terreurs. King s’inscrit par ce pouvoir de suggestion en héritier de Lovecraft. Puissance des lettres, que la télévision (une adaptation en deux parties en 1990) et le cinéma (un diptyque dont la première partie sortira aux Etats-Unis en septembre), ne peuvent que rendre triviale.

Le choix du clown, comme incarnation du Mal, est judicieux. S’il y a une apparente contradiction à en faire un objet d’effroi, on sait que cette figure grimaçante traumatise parfois les enfants. L’histoire judiciaire et la culture populaire américaines ont aussi en mémoire la figure de John Wayne Gacy (1942-1994), tueur en série qui se grima un temps en clown. Autre "clown" malfaisant : le Joker de Batman, déjà évoqué dans cette chronique.

Une psychose collective des clowns frappa les Etats-Unis (et un peu l’Europe) en 2014-2016, sans doute nourrie chez certains mauvais plaisants ou mythomanes par le roman de King. On notera que, lointains héritiers de "Ça", les Epouvantards et les Détraqueurs de la saga Harry Potter se nourrissent des peurs de leur proie. "Ça" laisse des traces.