Livres - BD Hannibal Lecter est arrivé 1er dans notre sondage sur vos méchants de la littérature favoris. La suite, jeudi prochain.

Pour la plupart d’entre nous, le docteur Hannibal Lecter, c’est Anthony Hopkins dans "Le Silence des agneaux", de Jonathan Demme (1991). La formidable présence à l’écran de ce psychiatre-psychopathe, interné depuis huit ans dans une prison de verre et appelé à aider l’élève-agent du FBI Clarisse Starling, magistralement interprétée par Jodie Foster, à retrouver un autre tueur en série, a marqué l’histoire du cinéma.

Le combat psychologique, d’une insondable intensité, qui va opposer et en même temps rapprocher ces deux interlocuteurs hors normes, révélant, dans le chef de Lecter, une intelligence démoniaque et un sens vertigineux de la manipulation, que Clarisse réussira à exploiter, non sans y laisser une bonne part d’elle-même, a impressionné durablement des générations de spectateurs, subjugués par l’ambiance étouffante de ce film culte.

Il ne faut toutefois pas perdre de vue que celui-ci doit tout à un auteur américain, Thomas Harris, qui a construit une large partie de son œuvre littéraire autour d’Hannibal-le-Cannibale. Ce personnage fascinant par sa formidable capacité à lire dans l’âme humaine, est apparu dans le deuxième roman d’Harris, "Dragon rouge", où il joue déjà le rôle inquiétant et ambigu d’informateur pour un profileur du FBI traquant un tueur psychopathe se faisant appeler Dragon rouge. À ses remarquables talents de conteur, Thomas Harris ajoute des connaissances aiguës de la manière dont travaillent les agents du FBI. C’est, notamment, grâce à sa fréquentation de la division des sciences comportementales de l’académie de Quantico chargée des affaires liées aux tueurs en série.

On retrouvera le personnage ambivalent d’Hannibal Lecter dans deux autres romans, dont le dernier est un retour aux sources du mal, un flash-back qui explique comment et pourquoi Lecter est devenu cet être éminemment malfaisant et en même temps mystérieusement attirant. Ses aventures feront, à nouveau, les délices des metteurs en scène de cinéma, comme Ridley Scott et son "Hannibal", où l’on voit Lecter, devenu conservateur d’un musée de Florence dix ans après son évasion, tenter de prendre sa revanche sur Starling.

Pour dessiner son personnage, Harris se serait inspiré de plusieurs tueurs en série dont Ed Gein, Ted Bundy et Gary Michael Heidnik. Il réussira toutefois à donner à Lecter une épaisseur qu’aucun de ses modèles n’a jamais endossée, malgré leur "extraordinaire" et sanglant parcours. En cela, l’œuvre de Harris inspire le respect et Lecter demeurera, à jamais, l’un des inoubliables méchants de la littérature.Jean-Claude Matgen