La Libre.be > Culture > Livres > Article
Bande dessinée
Tintin sabre le champagne
M.V.O.
Mis en ligne le 08/01/2004
Il y a 75 ans, le 10 janvier 1929, Tintin et Milou s'embarquaient pour leurs premières aventures dans les pages du «Petit vingtième». Leur destination: le pays des Soviets, où ils ne tardent pas à être confrontés au terrible Guépéou, le précurseur du tristement célèbre KGB.
A une époque où la bande dessinée est encore considérée comme un art plus que mineur, le jeune Hergé est sans doute loin de se douter qu'il vient de donner naissance à un véritable mythe, dont le succès ne fera que s'amplifier au fil des ans.
Les chiffres sont éloquents. Selon Casterman, qui est depuis toujours l'éditeur des albums de Tintin, pas moins de 192,5 millions d'albums ont été vendus à travers le monde, dont 116,5 millions en français. Si on ajoute à ces chiffres les 8,5 millions d'autres albums de Hergé vendus toutes langues confondues (Jo et Zette, Quick et Flupke, etc), on dépasse même la barre des 200 millions.
Près de la saturation
Certes, Astérix et Lucky Luke ont fait encore mieux que Tintin en vendant respectivement 320 et 200 millions d'albums depuis leur création mais eux l'ont fait avec plus de titres. A ce jour, il y a 31 albums Astérix et 72 Lucky Luke alors que le compteur de Tintin restera définitivement bloqué à 23, ou 24 en comptant l'histoire inachevée «Tintin et l'Alph-Art», Hergé n'ayant pas souhaité que d'autres auteurs poursuivent les aventures du célèbre reporter à la houppette.
Cela dit, même si le dernier véritable album Tintin date déjà de 1976, le responsable des albums Tintin chez Casterman continue à être étonné du niveau actuel des ventes. «Sur les cinq dernières années, nous avons vendu en moyenne 1,8 million d'albums par an», explique Etienne Pollet. «C'est moins que les plus de 4 millions d'albums vendus en 1979, en 1981 et en 1983, mais cela reste très élevé si l'on considère que 25 pc des ménages français ont toute la collection Tintin et que 50 pc d'entre eux possèdent au moins 7 albums. Autrement dit, on est proche du niveau de saturation, du moins en ce qui concerne les albums en français».
En réalité, plusieurs éléments ont permis aux ventes de se maintenir. Citons par exemple les dessins animés réalisés à partir des albums, les fac-similés des albums en noir et blanc, ou encore la publication d'albums doubles par France Loisirs (6 millions de livres vendus à ce jour).
Mais surtout, Tintin, Milou, le capitaine Haddock, les Dupondt et les autres continuent à vivre dans l'esprit des jeunes de 7 à 77 ans grâce aux efforts de Fanny et de Nick Rodwell.
La Fondation et Moulinsart
Ce dernier est parfois traité par certains de «bougre de faux jeton à la sauce Tartare» ou de «zouave interplanétaire» pour son intransigeance envers ceux qui veulent utiliser l'image de Tintin, mais une chose est sûre: il se démene comme un beau diable pour promouvoir le personnage créé par Hergé.
Et ce via deux biais. D'une part, il y a tout ce qui touche à l'oeuvre elle-même, et qui est du ressort de la Fondation Hergé. Cette asbl s'occupe notamment d'organiser des expositions telles que «Tintin chez les Incas» (qui se tient pour l'instant à Leiden, aux Pays-Bas), ou «Tintin et les bateaux» (qui se tient à Barcelone). A terme, l'objectif de la Fondation est de pouvoir exposer de manière permanente l'essentiel de son patrimoine dans un musée dédié à Hergé. Si tout va bien, celui-ci devrait s'ouvrir d'ici quelques années à Louvain-la-Neuve.
Parallèlement à la Fondation, il y a la société Moulinsart qui, elle, est une société anonyme à caractère commercial. Elle produit des dérivés de l'oeuvre d'Hergé: des livres, des vêtements, des figurines, des montres, etc, qu'elle vend sur Internet et dans des magasins spécialisés. Elle travaille également avec d'autres partenaires pour la commercialisation de certains produits (des DVD et des petites voitures avec les éditions Atlas par exemple) et signe des contrats avec les sociétés qui veulent utiliser l'image de Tintin de manière commerciale (sur les boîtes de biscuits Delacre ou sur les canettes de Coca notamment).
C'est aussi Moulinsart qui s'occupe du projet de film avec Steven Spielberg (lire par ailleurs) et qui est à la base de la création de la comédie musicale «Tintin et le temple du soleil». Après avoir connu un grand succès en Belgique, celle-ci n'a malheureusement pas pu être montée à Paris mais elle pourrait l'être prochainement aux Pays-Bas.
Moulinsart, ce n'est pas pour autant le trésor de Rackham le Rouge, comme beaucoup le pensent. Certes, cette entreprise de 35 personnes devrait renouer avec les bénéfices cette année et enregistrer un chiffre d'affaires de l'ordre de 17 millions d'euros, mais ces dernières années ont été difficiles et coûteuses financièrement, essentiellement parce que la société a choisi de reprendre de manière autonome toute la production et la commercialisation.
Et Nick Rodwell de s'émouvoir du fait que le magazine économique «Bilan» a récemment placé son épouse dans les 300 personnes les riches de Suisse, avec une fortune estimée entre 65 et 130 millions d'euros. «Je ne sais pas comment ils sont arrivés à ce chiffre mais il est absolument ridicule», dit-il.
© La Libre Belgique 2004

10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens