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HOMMAGE
Barbara, coupe-papier du silence
Francis Matthys
Mis en ligne le 05/10/2007
Sublime Barbara. Inégalable, incomparable, irremplaçable Barbara. Dix ans déjà, le 27 novembre, qu'elle s'éteignait à Neuilly, marchant à pas lents sur les eaux du silence. Sortant de scène pour entrer dans l'éternité où l'attendaient les anges. Ecorchée dont l'on lisait l'âme sur les traits, Barbara donna quelques joyaux à la Chanson française: des chansons que dans cent ans l'on chantera encore, si dans cent ans l'on chante encore. Impérissables chansons, sculptées par la voix d'une femme à look de femme fatale, qui s'était choisi pour nom d'artiste le prénom qu'immortalisa un poème de Prévert. Icône de la Chanson française - mais sans la popularité planétaire d Edith Piaf ou la dimension mythique de Juliette Gréco -, Barbara, non seulement interprète exceptionnelle, est une parolière et une compositrice bouleversante - là où Patachou, Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Isabelle Aubret, Nicole Croisille, Michèle Torr, Marie Laforêt, Sylvie Vartan, Jane Birkin ou Patricia Kaas n'auront été "que" des interprètes, à la différence d'Anne Sylvestre, Marie-Paule Belle, Maurane, Andrée Simons, Catherine Ribeiro, Alice Dona, Françoise Hardy, Véronique Sanson, Mylène Farmer, Axelle Red ou autres Carla Bruni.
AU BORD DES LARMES
Qui, mieux qu'elle, chanta la solitude? Qui nous fit chavirer par ses chansons autant qu'y parvint la Barbara de "Nantes" - "rue de la Grange-aux-loups..." - , de "Dis, quand reviendras-tu?" ou de "Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous" dont la version la plus déchirante, enregistrée à Bobino en 67, figure sur un 33 tours de légende ? Celles et ceux qui assistèrent à son tour de chant dans des cabarets ou à ses récitals dans de grandes salles, dans les années 60 surtout, restent marqués par cette sirène moulée dans un fourreau de Nuit, arrimée au Bateau ivre qu'était son piano. Celles et ceux-là, souvent, réécoutent ses chansons, s'offrant un tête-à-tête avec cette voix, véritable coupe-papier du silence. Pour ce prochain dixième anniversaire de la disparition de l'évocatrice du "Mal de vivre", de "Göttingen" et de "L'aigle noir" (Monique Serf, née à Paris le 9 juin 1930, de père et mère d'origines juives, qui qui fit ses débuts d'artiste en Belgique où elle vécut longtemps, à Bruxelles), quelques livres s'ajoutent à ceux qui, déjà, ont célébré cette amoureuse de l'Amour dont l'on ne peut (re)découvrir les chansons que le coeur battant et l'âme au bord des larmes. Parmi les livres qui paraissent, ces jours-ci, saluons le "Barbara" de David Lelait-Helo, à qui l'on devait déjà de ferventes biographies de Maria Callas, de Romy Schneider et de Dalida ; ferventes, à leur tour, ces pages qui retracent l'épineux parcours de celle qui se voulait "murmureuse". De son côté, la romancière Marie Chaix, biographe de Barbara dès 1986 (chez Calmann-Lévy), se souvient qu'elle fut son assistante de 1966 et 1970, dans l'émouvant "Barbara" qu'édite Libella/Maren Sell (202 pp., env. 12 €). Enfin, chez Autrement (126 pp., env. 25 €), Marcel Imsand publie quatre-vingts portraits photographiques en noir et blanc de la chanteuse de "Quel joli temps", réalisés à partir de 1965 : plus d'un d'entre eux sont de purs poèmes.
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