La Libre.be > Culture > Livres > Article
HISTOIRE
La petite île du grand Nord au Moyen Age
Paul Vaute
Mis en ligne le 05/10/2007
Professeur de vieux norrois et de scandinave médiéval à l'Université de Californie, Jesse L. Byock connaît bien son Islande où, jeune homme, il a gardé les moutons dans les fjords du comté de Húnavatnssýla, notamment. Enfin disponible en français, la somme qu'il a consacrée à l'époque viking de l'île nordique, du IXe au XIIIe siècle, de la colonisation à la fin de l'indépendance, bénéficie d'une pleine maîtrise des sources juridiques ou archéologiques ainsi que des sagas riches d'informations ethnographiques. Ce sera l'ouvrage de référence en la matière pour longtemps sans doute.
Le lecteur contemporain notera avec intérêt que la phase initiale du peuplement, d'origine scandinave, correspond à une période de réchauffement climatique (entre 870 et 1170 environ), ceci expliquant sans doute cela. Les archives font état notamment de la diminution des glaciers poussés par le courant. Même après le retour des rigueurs du froid, des pics chauds apparaissent encore.
Mais ce qui retient depuis plus longtemps l'attention, c'est l'originalité d'une société bâtie sur un no man's land, ignorant toute menace extérieure et n'ayant à gérer que des besoins limités, avec la ferme pour cellule de base et "un système de gouvernement autonome et décentralisé", "par le biais des relations personnelles entre les chefs et leurs suivants". Ceux-ci se retrouvent chaque année dans une assemblée législative et judiciaire, le fameux Althing, institué vers 930 à Thingvellir. Une hiérarchie par nécessité a émergé, au sommet de laquelle figurent les góðar, mais les Islandais "n'ont d'autre roi que la loi", écrit le chroniqueur Adam de Brême au XIe siècle. Le seul grand dignitaire national est le lögsögumaðr (récitateur-de-la-loi), élu président de la Lögrétta (comité législatif) pour une période de trois ans. Tous les ans au Mont-de-la-Loi (lögberg), il lui incombe de réciter de mémoire un tiers des lois.
Pareil fonctionnement politique n'est possible, bien sûr, que dans des petites unités géographiques. La singularité islandaise doit être, à cet égard, nuancée. Les libertés de nos communes médiévales supportent bien la comparaison avec celles d'une Islande que Byock qualifie lui-même de "grand village". Vers le milieu du XIIIe siècle, on n'y compte guère plus de 60 à 70 000 âmes.
A côté de ce paysage social et institutionnel, qui va commencer à s'effacer au profit des pouvoirs d'un plus petit nombre de "grands chefs" dans les dernières décennies avant la soumission de l'île au roi de Norvège, l'historien éclaire tous les pans de la culture médiévale islandaise, qui se caractérise aussi par le développement de mécanismes remarquables pour contenir les conflits et favoriser les compromis. Drôlement civils, ces Vikings !
L'Histoire et dictionnaire de la police du Moyen Age à nos jours, ouvrage limité au cadre français, réunit une large palette d'historiens et de praticiens, sous la direction notamment de Jean Tulard (Sorbonne) (Bouquins).
La loi salique est au coeur du premier tome de La France, les femmes et le pouvoir, où Eliane Viennot (Univ. de Saint-Etienne) confirme l'existence au Moyen Age d'un véritable partage du leadership entre les sexes, avant que cette tradition ne cède sous la pression du droit romain (Perrin). Moins enviable est la condition des reines et princesses d'Europe aux temps modernes, analysée par Bartolomé Bennassar dans Le lit, le pouvoir et la mort (de Fallois).
Le célèbre anthropogéographe Jean Malaurie évoque son itinéraire parmi les Inuits dans un double CD, De la pierre à l'homme (Radio France).
© La Libre Belgique 2007
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...