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Ursúa ou la colère de Dieu
O.S.
Mis en ligne le 05/10/2007
Que savaient sur le monde les hommes de la Renaissance ? A vrai dire peu de choses. Leur science ne reposait que sur les mythes et légendes de l'Antiquité.
En 1544, Pedro de Ursúa, jeune Basque de 17 ans, s'embarque pour Lima en quête d'or et de gloire. Sur ces terres conquises par Pizarro et Cortès, il ne reste déjà plus que les témoignages vacillants des civilisations précolombiennes.
William Ospina aborde ces contrées à travers les yeux d'un héros qui ne les aimait pas. Revivent alors les fantômes que Pedro de Ursúa évitait ou détestait.
Un millier de soldats remontent la Magdalena, fleuve grouillant de reptiles, traversent d'épaisses forêts résonnant de cris et de battements d'ailes, sur des brigantins ou à pied, se frayant un chemin à coups de machettes parmi les lianes. La moiteur de l'air plein d'arômes mêlés, les déluges intermittents, crèvent la voûte des forêts dont l'acoustique est proche de celle des cathédrales. Leurs rêves d'or et de gloire n'ouvrent que sur du vide. Des ailes sanglantes survolent des royaumes repliés sur eux-mêmes, peuplés de nations indiennes qui résistent à coup de flèches empoisonnées et de prières plus fortes que la progression des troupes de l'Empereur... Le XVIe siècle comparaît devant nous dans son horrible splendeur.
SENS ET PRÉSENCE
William Ospina pratique l'histoire en philosophe. Ursúa croise des civilisations et des hommes à la fois proches et éloignées de nous. Sans les ramener vers nos modes de pensées par quelque fausse proximité, il les dépeint dans leur radicale différence devenue intelligible par le souci du détail. On pense au mot de Valéry : "Certaines fresques romanesques se rapprochent de la métaphysique, tout en faisant ressentir que celle-ci est un voeu. " Plus que de dépayser dans l'espace, Ospina ne renonce pas au voyage temporel, avec la malice d'étonnements successifs. Il décrit le sort fatal de certaines ethnies mourant d'homogénéité et un Occident, non pas coupable ni sanglotant d'apitoiements dédaigneux, mais imbu de ses formules propres, incapable de détourner les yeux de ses mirages, fût-ce au prix de débordements de sang, de combats inutiles et de gloires éphémères. Ospina a des recettes hugoliennes : antithèses fécondes et ouvertures sur quelque chose de plus grand qui touche à l'infini. Mais celles-ci seraient inefficaces si elles n'étaient soutenues d'un bout à l'autre de son roman par les jaillissements sûrs d'un talent poétique.Lire les premières pages sur lalibre.be
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