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Rencontre
Tintin schizo, selon Sterckx
Fr.M.
Mis en ligne le 14/12/2007
Proche entre 1960 et 1980 de Hergé, qui l'honorait de son amitié, partageant avec l'auteur du "Sceptre d'Ottokar" une passion profonde pour l'art d'aujourd'hui, le très érudit et captivant Pierre Sterckx (consultant, depuis plus de trente ans, d'un groupe de collectionneurs belges d'art contemporain,"Neos", avant de l'être, demain, d'un pendant suisse, "La peau de l'ours", à Lausanne) a publié, depuis 1979, sept livres autour du génial créateur de Tintin. Parmi ceux-ci: "Hergé, portrait biographique" (avec Thierry Smolderen, en 1987 chez Casterman), l'excellent "Tintin et les médias" (Le Hêtre Rouge, 1997) et "Hergé collectionneur d'art" (avec André Soupart, à la Renaissance du Livre, en 2006). A ces travaux, s'ajoute désormais "Tintin schizo" (Les Impressions Nouvelles, 154 pages qui n'ont pu être illustrées, à l'exception de la couverture, due à Ever Meulen; env. 15 €). Un essai pétillant d'intelligence, exceptionnellement apéritif, dont, à lui seul, le dernier chapitre, "Cherchez la femme!", mériterait d'être développé dans un autre livre: à bon entendeur...
Ecrite en deux mois ("dans la frénésie", avoue son auteur), c'est une étude à couleurs deleuziennes, l'enthousiaste Pierre Sterckx ne cachant pas sa gratitude envers les philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari : "leur oeuvre m'a ouvert une boîte à outils..."
"Tintin, schizo": c'est un titre provocateur, alors que le livre n'est pas du tout méchant, ni envers Tintin ni envers Hergé ...
Un peu une provocation, certes. Mais il ne faut pas confondre les termes: c'est du profil, du versant schizoïde, et non pas de schizophrénie qu'il est question. Comme je le précise (p. 139), lorsque je dis Tintin schizo, ce n'est pas pour plonger Tintin dans la folie (avec laquelle il flirte par ailleurs, particulièrement dans "Les Cigares du Pharaon" et "Le Lotus bleu"); schizo veut dire obéir à une énergie psychique libre, refuser toute imposition symbolique à l'inconscient. Le schizo peut apparaître comme un bloc d'absence (le visage même de Tintin, parfois), et ça me fascine: pour moi, sont schizos, par exemple, Paul Klee, Thelonious Monk, Miles Davis, Samuel Beckett, Buster Keaton, mais aussi Gainsbourg, Jean-Pierre Léaud, Buster Keaton... Le schizoïde s'active comme créateur, là où le schizophrène s'incline. Tintin n'est pas fou; Tintin schizoïde (Hergé préférait le terme "intimiste" pour définir son personnage, voulant signifier ainsi son autonomie mentale, son intériorité) me semble beaucoup plus important que le Tintin humanitaire que sans cesse on encense.
Selon vous, Tintin n'est pas Hergé, alors que Benoît Peeters, qui édite votre livre, a intitulé l'un des siens "Hergé, fils de Tintin"...
Par là, je veux dire qu'il faut se méfier de l'auteur qu'on cherche comme cause de l'oeuvre: on le trouve toujours aux abonnés absents. L'auteur qui explique l'oeuvre, c'est très romantique, mais on rate souvent l'oeuvre. Tintin, n'est pas Hergé; il serait temps de désintriquer leurs trajets afin de les mettre en phase avec pertinence et clarté.
Dans cet essai (privé d'images, déplorons-le comme vous), est éclairé ce que vous appelez "la double nature ambiguë "de Tintin...
J'ai essayé de montrer la façon dont Tintin est un être fourchu et la manière dont il incarne à merveille la raison du système occidental et sa folie.
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