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décès - hugo claus
La peinture comme exutoire du langage
Guy Duplat
Mis en ligne le 20/03/2008
Triste hasard. L'exposition Alechinsky se termine au musée des Beaux-arts lorsqu'on apprend la mort d'Hugo Claus. Après les décès récents de Pol Bury, Appel, Constant, Serge Vandercam et Reinhoud, la disparition d'Hugo Claus laisse Alechinsky, quasi, comme le denier survivant du mouvement Cobra.
Fidèle à Cobra
Hugo Claus incarnait la dimension flamande dans Cobra qui était un mouvement d'abord francophone et hollandais. L'écrivain avait trouvé dans ce groupe la dimension libertaire qu'il recherchait, cette volonté de couper avec le passé fait de pression religieuse et de poids familial (un rejet exprimé à son sommet dans le magnifique roman qu'est "Le chagrin des Belges"). Hugo Claus avait fui son milieu familial et avait travaillé au nord de la France comme betteravier saisonnier et comme peintre en bâtiment. A Paris, il rencontra Antonin Artaud et les milieux surréalistes. Il entra en contact avec Cobra qu'il rejoignit après sa fondation, par l'intermédiaire du groupe d'artistes hollandais "Reflex".
A Cobra, il découvrira aussi ce monde de peintres qui écrivent et d'écrivains qui peignent. Il travailla ainsi à quatre mains avec Alechinsky. Et certains de ses poèmes furent illustrés par Corneille et Appel. Cobra a joué un rôle important et parfois étonnant dans sa carrière littéraire : c'est l'artiste Jean Raine qui traduisit en français, un de ses premiers livres. Cette peinture "participative" l'intéressait, explique Michel Draguet, directeur du musée des Beaux-arts et spécialiste de Cobra. Il fut ainsi fasciné par l'oeuvre "L'homme de Tollund" de Serge Vandercam et écrivit un long poème sur ce thème. Toute sa vie, il continua dans le même esprit, multipliant les contacts avec Alechinsky et Appel.
Faire jaillir la violence
"Dans les années 50, explique Michel Draguet, Hugo Claus a trouvé dans la peinture un exutoire aux mots, pour aller au-delà des mots et du langage. Ses textes et ses films sont très narratifs, avec cette langue rugueuse caractéristique et empreinte d'une profonde tradition flamande. Par la peinture, il pouvait continuer cela autrement."
Sa peinture constituée souvent de petits tableaux, avec une grande densité gestuelle, fut son jardin secret. Il exposait certes, mais sans qu'il ait jamais voulu faire de la peinture sa principale "vitrine".
"Hugo Claus avait développé - et a continué toute sa vie à l'utiliser- une technique gestuelle qui lui permettait d'échapper aux mots et de ne jamais être l'otage du langage."
Hugo Claus voulait, par sa peinture, laisser jaillir une violence qui est toujours présente dans le reste de son oeuvre. Une violence jubilatoire, une explosion sur la toile. On retrouve ici aussi, sa volonté de rompre avec tous les ordres établis.
"Mais il faut laisser les choses à leur juste place, poursuit Michel Draguet. Hugo Claus n'était pas un vrai peintre, mais quelqu'un qui utilisait la peinture pour aller plus loin que la littérature. Il n'avait pas de réflexion sur la peinture qui était l'exutoire absolu."
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