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Bande dessinée
70 ans et toutes ses dents
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 21/04/2008
Il se trouvera toujours des gens pour dire que "Spirou", ce n'est plus comme avant. Fatalement, le journal qui fête ce lundi son 70e anniversaire n'a que peu de choses à voir avec celui de 1938, celui de 68 ou même celui d'il y a dix ans. Les auteurs passent, mais le fameux "esprit Spirou" demeure, s'adaptant à l'air du temps.
Lorsqu'en 1937, Jean Dupuis, propriétaire des respectables éditions du même nom - sises dans la banlieue de Charleroi - décide de lancer un illustré pour la jeunesse, il souhaite que le personnage emblématique soit un garçon au bon coeur, "champion de la bonne humeur". Un Spirou, quoi, comme on dit en wallon pour désigner tant un écureuil qu'un gamin vif et facétieux. Jean Dupuis confie le journal à ses fils Paul et Charles, lesquels mettent le grappin sur un dessinateur français, Robert Velter, alias Rob-Vel.
Pour la couverture du n°1, Rob-Vel croque un rouquin en tenue de groom. "Spirou" est né.
Le flair de Charles Dupuis l'amène à engager, en 39, un génial touche-à-tout : Jijé. Joseph Gillain remplit rapidement la moitié du journal : il reprend "Spirou" à Rob-Vel, mobilisé, en 40 ; il conte la vie de Don Bosco ; imagine le détective "Valhardi" et le duo "Blondin et Cirage".
L'âge d'or
Jijé prend aussi sous son aile une génération dorée : Franquin, Morris et Will. Ils vont s'ébattre dans "l'école de Marcinelle" et publier, dans "Spirou", des séries mythiques. Morris dégaine son "Lucky Luke", Franquin développe "Spirou et Fantasio", Will reprend "Tif et Tondu" ; Peyo lance Johan et Pirlouit puis place les Schtroumpfs sur leur chemin ; Tilleux livre une savoureuse parodie de polar : "Gil Jourdan"...
En 1955, Yvan Delporte est propulsé rédacteur en chef. Le journal aborde la période la plus faste de son histoire. Delporte n'a de cesse de surprendre les ADS (Amis de Spirou). Il suggère à Franquin de créer un héros sans-emploi, qui répond (pas toujours) au nom de "Gaston Lagaffe". Il invente les mini-récits, où se testent des talents en herbe. C'est le super-banco. En 1960, "Spirou" se vend à 200000 exemplaires. La rivalité avec le concurrent "Tintin" donne lieu à une formidable émulation.
La fin des sixties est marquée par le départ de Delporte et l'arrivée d'un nouveau concurrent plus déluré, "Pilote". Alors que "Spirou" donne des signes d'essoufflement, se profile une nouvelle génération - Walthery ("Natacha"), Gos ("le Scrameustache"), Piroton ("Jess Long"), Leloup ("Yoko Tsuno") ou Cauvin ("Les Tuniques bleues").
Entre tradition et modernité
En 1977, Delporte revient par la fenêtre de la cave en mettant sur pied avec Franquin "Le Trombone illustré", supplément "clandestin", au contenu plus mordant que celui du journal. "Le Trombone" tiendra sept mois, suffisamment pour marquer les mémoires. Comme le feront les éphémères et corrosifs hauts de pages animés par Yann et Conrad, au début des années 80. Décennie au cours de laquelle Hislaire, Berthet, Frank, Warnant et Bercovici s'installent.
Thierry Tinlot, qui prend la direction du journal en 93, le prépare au siècle à venir. Des blockbusters comme "Le petit Spirou" ou "Kid Paddle" prennent leur envol, tandis que Larcenet, ou Trondheim secouent le cocotier de la sage maison "Dupuis".
Depuis le début des années 2000, le journal cherche un peu sa voie. Le nouveau rédac' chef, Frédéric Niffle, a relooké le journal et annonce Sattouf, Tarrin, Piette, Bailly, Baru...
Alors que ses rivaux historiques ont depuis longtemps rendu les armes, "Spirou", dernier mohican d'un secteur en crise, poursuit sa course. Le sourire aux lèvres.
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