Vendredi 3 sep 2010

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L’entretien

L.B.

Mis en ligne le 02/11/2009

Entre l’album, le court roman illustré et le manga, "Tendre est la mort" se fraye son chemin. Récit graphique et philosophique imaginé dans le texte, dans l’image et dans la maquette jusque dans les moindres détails par la Japonaise Kinotoriko, ce livre ne ressemble à aucun autre et sera perçu de manière très différente au Japon et dans le reste du monde.

Coproduit par un éditeur japonais et par la très intéressante petite maison d’édition française Sarbacane, il parle, avec une incroyable délicatesse, du suicide, de la mort ou de la vie selon le point de vue choisi. Les Japonais y verront des codes qui nous échappent - et inversément -, comme la douche que prend la jeune fille avant de frapper à la porte de la Mort. Il s’agit en réalité d’un rituel de purification en Orient que nous ne connaissons pas ici.

Exceptionnellement en Belgique, Kinotoriko est venue cueillir un prix bien mérité et parfois de bon augure, le Prix Libbylit, décerné par la branche belge de l’IBBY (International Board on Books for Young People) au Salon du livre de jeunesse de Namur. Très pointu, ce prix met, en effet, souvent en exergue des œuvres originales et novatrices qui méritent d’être découvertes. Selon le président Luc Batthieuw, "Tendre est la mort" est à mettre dans toutes les mains adolescentes dans un pays, le nôtre, où le suicide demeure la première cause de mortalité chez les jeunes.

Dialogue épuré en noir et blanc entre une jeune fille et la Mort, votre livre parle du suicide des adolescents, un sujet plutôt grave…

Non, ce n’est pas grave. Je pense beaucoup à l’après-vie. Pour moi, la vie et la mort sont très proches. C’est pour cela qu’il y a toujours une porte entre les deux, parce qu’en réalité, la mort est juste derrière la porte, elle est proche, elle est en nous.

Vous dites que vous pensez beaucoup à la mort. Ce récit est-il autobioraphique ?

Oui, il parle de moi, mais pas vraiment du suicide. En tout cas au Japon, il n’est pas perçu comme cela. Je suis la fille - ou la vie - et la mort.

Que diriez-vous à un jeune qui est fatigué de vivre ?

C’est un livre qui pose des questions mais qui ne donne pas de réponse. Comme dans le livre, je lui dirais d’attendre un peu, de voir venir le jour suivant, je gagnerais du temps. La mort ne veut pas - encore - d’elle et la renvoie toujours à la vie.

Kinotoriko, "Tendre est la mort", éd. Sarbacane, 128 pp., env. 10 €. Dès 10 ans

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