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Récit de voyage
Piéton en Amérique
Jacques Franck
Mis en ligne le 26/01/2010
Qu’ils étaient beaux, les étudiants américains, y compris les séminaristes, que William Cliff croisait à Louvain au temps de ses études, et gentils, souriants, libres - jusqu’à leur façon de marcher "qui semblait à chaque pas montrer la beauté sexuelle" ! Dès qu’il le put, qu’il l’osa - il avait une peur bleue de l’avion ! -, le poète belge, à qui l’Académie française décerna son Grand Prix de poésie en 2007, s’embarqua pour New York.
C’est le récit de ce voyage qu’il nous donne à lire, comme une nouvelle étape dans l’évocation de son passé, après son enfance familiale à Gembloux, la Dodge de son père médecin, ses émois et tourments d’adolescent dans un collège catholique. Autant de moments d’un parcours marqué par l’indépendance et l’errance, conté d’une plume mêlant ironie et nostalgie.
En 1976, il prend donc l’avion, débarque à New York, passe la nuit à l’YMCA, refuge de solitaires qui ne l’y restent pas longtemps, est accueilli par un couple, s’aventure dans le métro, s’enhardit jusqu’au quartier des "docks", où des êtres face à l’Hudson attendent une rencontre, tels "des hérons harassés de chaleur, de solitude et d’ennui". Bref, se gorge d’images, de frissons et quelque fois de bonheurs.
Un vol de nuit le transporte ensuite à San Francisco. Il est séduit par la ville et un barman qui l’abrite. Fait les librairies, mais ne s’attarde guère à "City Lights", qui était celle des beatniks, Kerouac, Ginsberg, Burroughs, rêve devant le Pacifique mais ne souffle mot de Castro Street. C’est enfin le retour à Bruxelles : "Comme tout me parut petit au retour".
Marcheur infatigable, à la fois aventureux et timide, affamé de rencontres et solitaire, notre poète ne parle ni d’un musée, ni d’un spectacle, ni d’un concert. Poète aux semelles de vent, comme un illustre prédécesseur, Cliff déconcerte par cette indifférence en même temps qu’il attache par une fascinante ingénuité.
USA 1976 William Cliff La Table ronde 174 pp., env. 16 €
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