Abonnez-vous a La Libre Belgique

Satire

Nicolas Ier, Rambaud III

Éric de Bellefroid

Mis en ligne le 01/02/2010

Nouvelle “Chronique” sur le règne d’un empereur impatient en pleine période de troubles. Récit succulent d’une vie de château rythmée par ses innombrables courtisans et intrigants.

Avec une justesse de métronome, Patrick Rambaud nous rend depuis deux ans sa jouissive "Chronique" sur le règne de Nicolas Ier. La troisième ainsi née se grave toujours dans le même esprit, celui de son maître en l’occurrence, Monseigneur le duc de Saint-Simon. Lequel, au Grand Siècle, avait intitulé l’avant-propos de ses "Mémoires" : "Savoir s’il est permis d’écrire et de lire l’histoire, singulièrement celle de son temps".

Pour situer cette année écoulée dans la grande fresque impériale de Nicolas Sarkozy, l’orfèvre du pastiche évoque le temps d’un "Souverain remodelé en Tarzan dans un pays devenu dépressif et répressif". On y lit une langue luxuriante et somptueuse, où la grâce de la syntaxe s’allie à la verve du lexique pour constituer un régal de prose classique.

Autour du "monarque éternel", du "grandiose timonier", du prince bouillant et atrabilaire, on reconnaîtra les grands gazetiers et petits échotiers de notre sublime époque, tout comme les folles histoires d’argent louche brassé par les meilleurs affairistes de France. Tandis que les nicolistes du Parti impérial n’ont qu’à se féliciter des frasques et déboires du Parti social qui tente, tant bien que mal, de redécouvrir la pierre philosophale du pouvoir.

Dans le vaste jeu de cour qui s’est institué au Château, il est des figures truculentes. La baronne d’Ati, par exemple, "se mettait à chaque seconde en vue afin que l’on parlât d’elle". Elle exhibait en des sourires carnassiers des dents parfaitement étincelantes, affichant aux doigts des bijoux insolents. Elle avait eu une petite fille mauresque, Zohra, dont on savait tout sauf la paternité secrète, et le "Times" de Londres ironisa : "Le pape Benoît n’est pas le père".

Il existait par ailleurs, aux Affaires étrangères, un plastronnant comte d’Orsay, transfuge vénéré de l’opposition, personne sainte et auréolée de morale "qui s’en fut soigner les plaies du monde, pourvu qu’elles fussent loin de chez lui et en couleurs". Sa propre épouse, Christine, comtesse d’Orsay, avait longtemps régné sur les "fenestrons" de la gloire et de la célébrité et il était fort question qu’elle y revînt de quelque façon.

Plus près de lui, Son Immense Majesté pouvait toujours compter sur la sollicitude attendrie de sa magnifique princesse aux yeux de Chine. "Madame apprenait par la pratique les ruses et les rets du pouvoir, auquel elle prenait goût. ( ) Capricieuse au fond, invulnérable comme une moderne Messaline, elle étendait son domaine." À un échotier en renom, elle confia, pour que cela fût répété, que Chouchou et elle se calmaient mutuellement. Le bonheur, dit-elle, est quelque chose qui apaise. Heureux Nicolas !

Savoir Plus

Troisième chronique du règne de Nicolas Ier Patrick Rambaud Grasset 170 pp., env. 14 €

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page