Abonnez-vous a La Libre Belgique

Tracer des avenues

Tolstoï, "notre contemporain"

Francis Matthys

Mis en ligne le 08/02/2010

Contemporain, parce que son œuvre, immense, est placée “sous le double signe de la sexualité et de la mort”. Une étude apéritive de Dominique Fernandez sur le romancier de “Guerre et Paix” et d’“Anna Karénine”.

Infatigable Dominique Fernandez ! À peine un an après "Ramon", l’enquête de plus de 800 pages qu’il a consacrée à son père, l’éminent critique littéraire Ramon Fernandez qui se compromit avec l’Occupant (cf. "Lire" du 16 janvier 2009), l’académicien français (né le 25 août 1929, prix Médicis 1974 pour "Porporino ou les Mystères de Naples" et prix Goncourt 1982 pour "Dans la main de l’ange") publie un essai apéritif, à l’instar de son mémorable "Les douze muses d’Alexandre Dumas", où il s’efforce de "tracer quelques avenues dans l’œuvre immense" de Léon Tolstoï (1828-1910), majestueux chêne d’entre les chênes de la forêt de papier qu’est la littérature.

Soyons francs : qui, chez nous, lit Tolstoï de nos jours ? On "regarde" son œuvre mille fois plus qu’on ne s’y aventure dans le texte, se contentant d’écouter l’écho qu’en donne le cinéma (ci-contre, Sophie Marceau tenant le rôle-titre d’"Anna Karénine" en 1996, quelque soixante ans après Greta Garbo) ou la télévision (cf. l’adaptation de "Guerre et Paix" en quatre épisodes d’une heure quarante chacun, mise en scène en 2007 par Robert Dornhelm). Alors qu’aujourd’hui les préférences du public vont au polar, au Fantastique, au thriller ésotérique, qui s’avoue encore aimanté par des romans fleuves que leur étiquette de "classiques" semble avoir figés dans une armure de poussière ? C’est le mérite du livre de Fernandez : en trente et un chapitres qui sont autant d’angles d’approches, d’invitations au voyage, l’érudit essayiste de "L’Amour qui ose dire son nom" et du "Dictionnaire amoureux de la Russie" nous invite à (re) découvrir ce grand seigneur adulé (antipathique, au demeurant), si soucieux, la cinquantaine venue, du salut de son âme et à propos de qui - au cours d’un dîner chez Léonor Fini, en 1965, auquel Fernandez participait à Paris en compagnie de quelques écrivains, dont Alain Robbe-Grillet - Nathalie Sarraute, qui était Russe de naissance, devait s’autoriser à décréter qu’"après Dostoiëvski, on ne peut plus lire Tolstoï, c’est entièrement démodé". Autant affirmer qu’après Céline, on n’eût plus pu lire Proust. Dans ces pages où s’allient l’intelligence et la sensibilité, Fernandez célèbre l’"intemporalité" d’un artiste de génie, qu’il dit être "notre contemporain" parce que Tolstoï plaça son œuvre "sous le double signe de la sexualité et de la mort". Des pages qui évoquent d’ailleurs l’enfer qu’un demi-siècle durant sera sa vie avec Sophie, convaincue de l’homosexualité de son illustre mari.

Avec Tolstoï Dominique Fernandez Grasset 334 pp., env. 20,90 €. En librairie le 10 février

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page