La Libre.be > Culture > Livres > Article
Histoire
C’est Luther King qu’on assassine, pas Hitler
Christian Laporte
Mis en ligne le 08/02/2010
J
ean-Claude Guillebaud, qui dirige au Seuil la passionnante collection sur "l’Histoire immédiate", a eu la bonne idée de solliciter un des principaux auteurs "maison" et grand reporter, Jean Lacouture, pour se pencher avec lui sur un phénomène aussi vieux que le monde mais qui n’en a pas moins bouleversé la planète depuis un demi-siècle : les assassinats politiques.Depuis que les médias audiovisuels se sont imposés dans nos salons, ces faits divers exceptionnels sont relayés avec plus de force et d’émotion que jamais.
Et sans doute, cher ami lecteur, n’aurez-vous pas vraiment de peine à vous rappeler ce que vous faisiez le soir du 22 novembre 1963 lorsque le président John Fitzgerald Kennedy fut assassiné à Dallas Reste que cette hypermédiatisation a aussi eu des conséquences sur les relations internationales. En effet, si les victimes, des Kennedy - John mais aussi Robert - à Benazir Bhutto en passant par Aldo Moro, Anouar-El Sadate, Rafic Hariri ou Anna Politkovskaïa, sont devenues de véritables icônes, des héros modernes auxquels l’on voue un culte quasi religieux, ces meurtres ont aussi chaque fois fait douter de la paix et de l’harmonie sociale.
C’est précisément cela qui a amené Lacouture et Guillebaud à "revisiter" à leur manière seize grands assassinats qu’on ne peut que qualifier de politiques même lorsqu’ils ont visé le pasteur Martin Luther King ou la journaliste russe Politkovskaïa
Pas question cependant d’un énième "remake" des "plus grands crimes de l’Histoire" de certains marchands de papier où des auteurs se prenant pour des clones de Sherlock Holmes et de l’inspecteur Barnaby s’efforcent d’attirer l’attention des lecteurs à grands renforts de pseudo-scoops.
Non, la démarche de Lacouture et de Guillebaud ne propose pas vraiment de nouvelles révélations mais fut surtout centrée sur l’efficacité, pour ne pas dire le "rendement" historique du forfait en tant que donnée de la vie publique, nationale et internationale. On était en pleine guerre froide mais celle-ci a été parasitée par une certaine "gangstérisation" de la vie en commun.
Bien sûr, les auteurs admettent les limites de leur travail. Ainsi, il y a - hélas ! - eu bien davantage que seize crimes depuis 1963. Et ils reconnaissent le côté arbitraire de leur sélection. Ils n’en débouchent pas moins sur une terrible conclusion : tous ces meurtres politiques ont bouleversé les esprits parce qu’ils ont mis en péril la paix d’un continent, voire celle du monde, et ont mis fin à bien des espoirs d’améliorations sociales ou plutôt sociétales.
La conclusion des auteurs est décoiffante : "si condamnable qu’en soit en tout état de cause la pratique, on pourrait imaginer que telle ou telle de ces opérations criminelles tendrait à la suppression d’un dictateur raciste, d’un tyran aux mains couvertes de sang". Mais ce n’est pas ainsi qu’Hitler ou Staline ont terminé leur parcours terrestre, ni Pol Pot, ni Bokassa d’ailleurs, mais bien l’apôtre de la non-violence, le pasteur Luther King, Yitzhak Rabin aux portes de la paix ou encore Olof Palme, grand médiateur s’il en fut.
Sont-ils morts pour rien ? Un demi-siècle d’assassinats politiques Jean Lacouture et Jean-Claude Guillebaud Le Seuil 270 pp., env. 18 €
Un enfant de 4 ans torturé pour...
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise