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Bande dessinée
Davode au raconte la vie, et rien d’autre
Mis en ligne le 11/03/2010
Le second tome de "Lulu, femme nue", que l’auteur de bande dessinée français Etienne Davodeau est venu présenter, en avant-première, la semaine dernière à la Foire du livre de Bruxelles, conte l’histoire d’une mère effacée qui décide de modifier la courbe de sa vie trop ordinaire. Une histoire racontée, non par sa principale protagoniste, mais reconstruite, de subtile manière, par ceux qui, parmi ses proches, ont été les témoins de son escapade.
A bien y regarder, la bibliographie du quadragénaire angevin est riche en chronique d’existences qui basculent, de manière éphémère ou définitive, par choix ou en fonction des circonstances : "La Gloire d’Albert", "Quelques jours avec un menteur", "Ceux qui t’aiment" en sont autant d’exemples. "C’est vrai qu’il y a une question récurrente dans tous mes livres", admet Davodeau. "Qui est : que fait-on de notre vie ? Ne se goure-t-on pas dans les choix qu’on fait ? C’est un sujet dont je n’arrive pas à me débarrasser. De là à dire pourquoi, ça "
Peut-être parce que lui-même s’est inscrit, après le bac, en Arts plastiques à Rennes, "pour une raison qui m’échappe encore". Sans jamais vraiment nourrir l’idée de "faire carrière" en bande dessinée. "Je me suis juste dit que si je ne tentais pas le coup, j’aurais des regrets sur mon lit de mort. J’ai fait quelques planches que j’ai envoyées à tous les éditeurs de France et de Belgique qui ont les refusées dans un bel ensemble (rires)". Davodeau sera finalement repêché en 1992 par Dargaud, qui accueillit sa série "Les Amis de Saltiel" pour lancer une nouvelle collection. "C’est marrant", constate son ami Joub, ami de vingt-cinq ans et coauteur avec Davodeau des séries "Max et Zoé" et "Géronimo". "Il a souvent eu la chance d’inaugurer de nouvelles collections chez Dargaud ou chez Delcourt. Ça lui a donné une certaine visibilité."
Pas assez cependant, pour crever les plafonds des ventes dans un premier temps. Le succès commercial viendra en 2001, avec "Rural", un reportage dessiné sur le monde agricole. Puis avec "Les Mauvaises gens", autre reportage sur l’histoire des mouvements ouvriers dans la région conservatrice du Maine et Loire. "Le terreau dans lequel j’ai grandi. On n’échappe pas à ses origines", commente Davodeau. Ou le formidable "Un homme est mort", qui ramène à la vie, sous une autre forme, le film que le documentariste René Vautier réalisa sur les affrontements entre syndicalistes du Havre et forces de l’ordre, à l’aube des années 50. Lorsqu’il se rend au festival d’Angoulême, Davodeau y récolte éloges et prix, le dernier en date pour le premier tome de "Lulu, femme nue". "Mais je trouve qu’il a toujours fait des bons livres, même ceux qui ne se vendaient qu’à 3 000 exemplaires", poursuit Joub. "Ce qui m’épate chez lui, c’est qu’il creuse son sillon, sans pour autant se répéter."
Le sillon de Davodeau, c’est le réel. Que ce soit dans le domaine de la fiction ou dans celui du reportage, Etienne Davodeau s’attache à traiter en bande dessinée, "des sujets qui racontent la vie quotidienne dans ses aspects les plus anodins, banals, répétitifs Mon projet est d’essayer de faire des livres intéressants, captivants, si possible, sur ces sujets-là. Ce ne sont plus des livres qui cherchent à divertir mais à toucher les gens, qui font écho à leur existence propre, même si, dit comme ça, ça paraît un peu pompeux. Je ne les emmène ni sur des planètes, ni à des époques lointaines, parce que ce n’est pas mon truc. Ce n’est pas ma distance. D’ailleurs, je serais incapable de faire", plaisante Davodeau.
Qui admet volontiers qu’il n’est pas un virtuose du dessin comme peuvent l’être un Bilal, un Blutch ou un Moebius. "Le dessin c’est un outil. Moi je ne suis pas un dessinateur, mais un auteur de bande dessinée. Je soumets le dessin aux besoins de l’intrigue et du récit. Je reste dans le cadre de mes capacités et de mes envies." Joub ironise : "En Arts plastiques, il était plutôt faible. Mais alors que nous étions dans la recherche graphique, lui, avec ses faiblesses, était déjà dans la narration. Il savait où il voulait aller avec son dessin".
"Parfois, je trouve qu’il n’a pas assez confiance en ses qualités graphiques", complète Claude Gendrot qui édita Davodeau chez Dupuis hier et chez Futuropolis aujourd’hui. "D’abord, je trouve que son dessin, comme son écriture, est très juste, et c’est un remarquable coloriste, qui a un sens de la lumière incroyable."
Pour Claude Gendrot, Davodeau est "plus un écrivain qu’un romancier de la bédé, parce que l’inspiration, il va la chercher autour de lui. Son prochain livre, "Les Ignorants", sera un reportage dans le monde viticole. Et le vigneron dont il parle, c’est son voisin. Et comme un écrivain, il donne sa vision du monde."
Une vision d’observateur engagé. "Dans la mesure où j’essaie de parler de ce qui conditionne notre vie de tous les jours, ça me paraît difficile de faire l’impasse sur la dimension politique des choses", explique Davodeau. "Ce n’est pas un sujet qui me fait peur."
Engagé, Davodeau, mais pas militant : "Squarzoni, lui, fait des essais politiques en bédé, mais je suis très loin de ça. Je n’ai d’ailleurs pas assez de certitudes politiques pour les asséner."
Davodeau s’intéresse peu à ce qu’il a fait hier, et laisse demain lui réserver des surprises. "Avoir du travail prévu pour dix ans, ça me ferait peur. J‘ai tendance à donner de plus en plus de place à l’impro. Ecrire en bande dessinée, c’est déjà dessiner; dessiner, c’est encore écrire. L’improvisation c’est s’approcher de cette frontière qui est l’âme de la bande dessinée."
Savoir Plus
Olivier le Bussy
"Lulu, femme nue", tome 2, Etienne Davodeau, Futuropolis, 80 pp. en couleurs, environ 16 euros.
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