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Historique
Grandeur et décadence
Geneviève Simon
Mis en ligne le 15/03/2010
À la sortie de "Paraguay", nombre de critiques américains se sont offusqués du fait que Lily Tuck, de son propre aveu, n’ait jamais foulé la terre paraguayenne. Vain débat pour d’autres qui pensent, dès lors qu’on est dans un roman, que la fiction permet toutes les licences, y compris vis-à-vis de l’Histoire. Dans une note à ses lecteurs, Lily Tuck avoue "considérer que ce qui paraît le plus improbable est probablement vrai". Quoi qu’il en soit, ce "Paraguay" a séduit le jury du National Book Award qui, alors présidé par Rick Moody, lui a décerné son prix en 2004.
Paris, 1854. Futur dictateur du Paraguay, Francisco Solano López séduit Ella Lynch, une belle courtisane d’origine irlandaise. Au terme d’un éprouvant voyage en mer, le couple arrive à Asunción. Franco est ambitieux, pour lui comme pour son pays auquel il rêve d’offrir un rayonnement sans précédent en Amérique latine. Ainsi veut-il construire un opéra, une bibliothèque, un théâtre, de larges avenues et des rues pavées. Ella, elle, s’acclimate au mieux de ce changement qui ne concerne pas seulement son décor. Bien que Franco ne lui passera jamais la bague au doigt, elle est la première dame de son cœur et lui donnera cinq fils.
À côté des tribulations d’un couple atypique, Lily Tuck fait revivre un pays qui va bientôt basculer. Tout s’annonçait pourtant bien, alors que de nombreux expatriés se précipitaient au Paraguay avec la volonté de bâtir leur fortune dans ce monde nouveau et si riche. Mais mégalomane et immature, Franco va précipiter son pays dans la guerre de la Triple Alliance, devenant la proie du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay. Son orchestre personnel jouant en toutes circonstances n’y changera rien : la population crie désormais famine, et l’armée avec elle. Ses rêves de grandeur prennent bientôt fin dans les marais et le sang, dans une débauche de violence inouïe.
Ce qui fait l’attrait de ce Paraguay ressuscité, c’est la grande variation des points de vue, rendus par une écriture qui épouse les changements opérés, ce qui confère au roman un dynamisme qui aimante. Scènes de torture, explosion des couleurs (des perroquets aux grenadiers) et des parfums, caprices divers, grandeur et décadence du pouvoir : les excès ne manquent pas, se succédant de manière contrastée. Entre classicisme racé et malice chatoyante, Lily Tuck enchante. De quoi espérer que cette première traduction en français sera suivie par d’autres - d’elle, trois romans et un recueil de nouvelles sont à découvrir.
Paraguay Lily Tuck traduit de l’anglais (États-Unis) par Oristelle Bonis Ed. Jacqueline Chambon 300 pp., env. 22 €
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