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Biographie romancée
"Aimez, aimez-moi toujours"
Francis Matthys
Mis en ligne le 22/03/2010
La somptueuse adaptation cinématographique en 1994, par Patrice Chéreau, du roman d’Alexandre Dumas (et Auguste Maquet) "La reine Margot" se limitait à quelques jours d’août 1572. Le 18, à Paris, la catholique Marguerite de Valois, dix-neuf ans et la beauté du diable, épousait Henri de Navarre, prince protestant, futur Henri IV; Marguerite, fille de Catherine de Médicis et de Henri II, le roi dont le cœur n’avait follement battu que pour sa favorite, Diane de Poitiers. Ce torride mois d’août baignera dans le sang : quelques jours après le mariage, trois mille protestants seront massacrés de nuit - c’est la Saint-Barthélemy - à l’instigation de la reine-mère et de Henri Ier de Guise. Quant au mari de Margot, il ne sauvera sa tête qu’en abjurant sa religion. Dans le film de Chéreau, l’(alors) ensorcelante Isabelle Ajani (ci-dessus, avec Dominique Blanc) reprenait le rôle qu’avait tenu Jeanne Moreau dans celui de Jean Dréville, en 1954 : une éternité d’ici.
Avec "Margot, la reine rebelle", c’est l’évocation de la vie entière - légendairement tumultueuse - de Marguerite que narre, avec une verve admirable, la romancière de "Capitaine Dragée" dont nous avons déjà dix fois dit combien attachantes et palpitantes sont ses biographies de la Comtesse de Ségur ou de Marie-Antoinette, de George Sand ou de Colette, de Sissi ou de Marie Stuart : autant d’ouvrages flamboyants, gorgés du sel des vagues et du sang du soleil. Sous sa plume, les images ne coulent pas de source : elles coulent de torrent. Sa palette enchante, éblouit, étourdit : les flammes y sont en fleur. Pour peindre sa Margot, corps de feu à l’âme en cendre, Hortense Dufour emprunte le pinceau de Goya qu’elle préfère aux orfèvres de l’Ecole de Fontainebleau, à l’érotisme glacé. Qu’on est loin, aussi, de l’icône que de la Marguerite, reine de France et de Navarre - qu’il vénérait, voire adorait - nous laissa Brantôme dans le premier volume du "Recueil des dames", davantage connu sous le titre "Les dames galantes"; de ladite reine, Brantôme dit qu’elle est "si belle que rien au monde de plus beau n’eust sceu se faire voir". Déplorons [?] que les poètes du siècle de Carla Bruni n’encensassent plus de la sorte les Dames fatales. Sic transit
Quelle frénésie dans ce livre qu’à tort l’on croirait écrit à tombeau ouvert, tant sa lecture coupe le souffle ! Qu’attend l’Académie française pour accueillir en son sein l’ardente portraitiste d’une belle rebelle, mi-ange mi-démon, dont les armoiries eussent pu avoir pour traits un entrelacs d’éclairs ? Non pas Margot-l’enragée - la Dulle Griet de Bruegel - mais Margot-l’orageuse, l’enfileuse de coups de foudre, qui, au couchant de sa vie, à l’un de ses jeunes amants, intimera l’ordre : "Aimez, aimez-moi toujours".
Margot, la reine rebelle Hortense Dufour Flammarion 568 pp., env. 22,90 €
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