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Littérature | Jeunesse
Le "Nobel" à Kitty Crowther
Laurence Bertels
Mis en ligne le 25/03/2010
Formidable tiercé gagnant pour notre compatriote Kitty Crowther qui vient de remporter, ici à Bologne, le très prestigieux prix Astrid Lindgren, du nom de la maman littéraire de la célébrissime Fifi Brindacier. Ne mâchons pas nos mots, le prix Astrid Lindgren - d’un montant de 517 000 euros environ ! - est carrément considéré comme le Nobel de la littérature jeunesse et est traditionnellement remis à Bologne où se tient chaque printemps la plus grande foire du livre de jeunesse.
L’événement est transmis en direct au journal télévisé suédois qui ouvre son 13 heures sur le sujet. Toutes proportions gardées, qu’une telle récompense soit octroyée à une jeune artiste belge équivaut à remettre l’Oscar du meilleur film à un réalisateur belge. Le premier prix Lindgren a été remis à Maurice Sendak, voilà qui donne une idée de l’exigence du jury.
Après le premier Grand prix triennal de la littérature jeunesse décerné par la ministre de la culture de la Communauté française, le Baobab - équivalent cette fois du Goncourt - à la dernière foire du livre de jeunesse de Montreuil pour son album "Annie du Lac", voici donc Kitty sur la dernière marche du sommet et ce, à l’aube de ses 40 ans. Un très beau cadeau d’anniversaire remporté parmi plus de 160 nominés dont plusieurs Belges - Carll Cneut, Bart Moeyaert, Klaas Verplancke.
Tous ont bu à sa santé, comme son éditeur, Pastel, la branche belge de "l’Ecole des loisirs" chez qui elle a publié une quarantaine de livres.
"J’avais une petite photo d’Astrid Lindgren et je la regardais en lui disant : Please do it" déclarait Kitty Crowther, les bras chargés de fleurs et un trémolo dans la voix juste après avoir reçu son prix. "Ma mère, qui est suédoise, est la plus heureuse sans doute. J’ai été bercée par les aventures de Fifi Brindacier."
Fille de père anglais et de mère suédoise, Kitty Crowther, malentendante, s’est créé un univers particulier, unique en son genre et reconnaissable entre tous. Il nous vient du fond d’elle-même, d’une grande richesse intérieure et d’un réel amour des histoires sans lesquelles, elle ne pourrait pas vivre. C’est toute la richesse intérieure de cette artiste qui lui vaut non seulement une reconnaissance extérieure mais aussi un immense capital sympathie. Kitty est un peu la coqueluche du milieu et surtout, c’est là l’essentiel, la grande amie des enfants grâce aux merveilleux albums que sont "Mon ami Jim", "Moi et Rien", "La visite de la petite mort" ou encore "Le grand désordre". Ils y retrouvent l’humanité, la tendresse, le sentiment de solitude, le jeu et parfois la mélancolie qui les habite.
"Je n’ai pas encore atterri. C’est très émouvant. Pour moi Astrid Lindgren a fait évoluer une société vers le respect des enfants, l’écoute, la tendresse; elle a montré l’exemple de ce qui était possible. Moi, je veux juste raconter des histoires. Je n’ai pas de message particulier mais dans chaque livre, il y a un sens caché".
Quelques minutes avant la remise du prix au Café des illustrateurs, véritable poumon de la Foire de Bologne, Kitty Crowther, nominée pour la troisième fois nous confiait en souriant que ses enfants lui avaient interdit de revenir à la maison sans le prix. Elle sera assurément chaleureusement accueillie.
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