Lundi 6 sep 2010

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L’entretien

C.P.

Mis en ligne le 31/05/2010

Après "A l’Espère" et "Eros en son absence", Sandrine Willems signe un roman aussi intense sinon plus émouvant encore que les précédents avec "L’Extrême". A la première personne, elle peint le portrait d’une psychologue travaillant dans un hôpital avec des enfants et adolescents atteints de maladies graves. Avec délicatesse et justesse, l’écrivaine également psychologue saisit le sens de cette vie solitaire en perpétuelle quête de sens et de vérité dans le désert de l’hôpital où l’on disparaît comme dans le désert de l’Afrique du Nord. Quand une jeune Touarègue arrive aux côtés de la jeune fille des oasis, un lien fort se tisse entre les trois femmes. "L’Extrême" est un magnifique roman qui touche à ce qui donne sens à la vie, l’amour et la mort.

Il y a cette question omniprésente : comment vivre avec une échéance proche ?

C’est surtout : qu’est ce qui tient le coup par rapport à la mort ? Qu’est ce qui garde du sens au présent face à ces jeunes gens qui meurent, la poésie, la beauté ? Dans la vie de la psychologue, il y a une recherche de choses qui lui permettent de faire le point. Sans doute cela rejoint ma propre vie et mon désir de faire ce que disait Bataille, "vivre à hauteur de la mort". Notre finitude est une pensée que je ne perds pas de vue en ayant conscience de la gravité que cela peut donner et l’intensité aussi. C’est pour cela que l’on recherche des relations vraies.

C’est dans le désert que la psychologue donne du sens à sa vie ?

Dans cette profession, on se demande chaque jour si ce que l’on fait a un sens dans la vie de ces enfants. Au jour le jour, elle tente de tisser des liens et de continuer à construire contre cette espèce d’érosion permanente et d’absurdité. Le désert, c’est un mythe, un lieu de remise en question radicale, où l’on est face à soi-même. C’est une métaphore de la vie.

La seule chose qui importe et retient, c’est l’amour ?

Ce sont les relations qui peuvent donner envie de vivre encore. La psychologue se rend compte que ce qui donne sens à la vie, c’est l’amour, et dans son travail, les enfants s’accrochent pour lutter contre cette force de dissolution, les liens deviennent plus forts. C’est une idée assez banale mais, d’une certaine façon, l’amour et la mort se rejoignent parce que dans un cas comme dans l’autre c’est un dépassement de soi. Le lien que l’on crée aussi en tant que psychologue est une forme d’amour, ce n’est pas un métier que l’on choisit par hasard.

L’Extrême Sandrine Willems Les Impressions Nouvelles 158 pp., env. 15 €

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