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En marge

Poète à l’écart des projecteurs

Francis Matthys

Mis en ligne le 12/07/2010

De Philippe Soupault, l’un des fondateurs du surréalisme, Béatrice Mousli publie la biographie. Intronisé par Apollinaire, ce poète, romancier et reporter, n’aimait “ni l’idée ni les servitudes de la gloire”.

Vingt ans après sa mort à Paris, le 12 mars 1990, Philippe Soupault - l’un des fondateurs du surréalisme avec Breton et Aragon - n’est plus connu que des lettrés. Il est vrai que cet assoiffé de liberté n’aura guère édifié ni poli sa propre statue; ainsi, dans une note de 1969 (citée p. 439), affirmait-il : "je me fous incommensurablement de mes œuvres littéraires et de leur réédition". On se réjouit donc de la publication de sa biographie par Béatrice Mousli, de l’université de Caroline du Sud, auteure d’ouvrages sur Valery Larbaud et Max Jacob, couronnés par l’Académie française en 1998 et le prix Anna de Noailles en 2005. De Soupault (dont les éditions Lachenal & Ritter publièrent ou ressortirent de nombreux livres depuis une trentaine d’années), l’essayiste remonte les chemins. "Poète, vagabond. Voyageur. Contestataire" : tel se définira Philippe Soupault (dans ses entretiens avec Serge Fauchereau, "Vingt mille et un jours", parus chez Belfond en 1980), lui qui, souligne Mme Mousli, "à dessein, s’est tenu à l’écart des projecteurs, n’aimant ni l’idée ni les servitudes de la gloire".

Né à Chaville, en Seine-et-Oise, le 2 août 1897 (la même année qu’Aragon), dans une famille aisée - son père est chirurgien, son oncle maternel est le constructeur automobile Louis Renault -, Philippe Soupault, qui découvrit le romantisme allemand à l’adolescence, écrit son premier poème en 1917, qu’applaudit aussitôt Apollinaire; cette même année, il aura la révélation des "Chants de Maldoror" de Lautréamont. En mars 1919, avec Breton et Aragon, il fonde la revue "Littérature" et rédige, avec André Breton, "Les Champs magnétiques", qu’on tire à 300 exemplaires, texte à l’origine du surréalisme, voire acte fondateur du mouvement. Mais rapidement Philippe Soupault prendra ses distances avec ses amis de jeunesse, jusqu’à être exclu du surréalisme en 1926. Si dorée soit-elle, toute cage sera toujours insupportable à ce romancier ("Le Nègre"), ce poète, cet essayiste, ce grand reporter (d’une "lucidité extrême" dans les années d’ascension du nazisme). Proche de la résistance gaulliste, son attitude lui vaudra d’être incarcéré à Tunis, de mars à septembre 1942, par la police de Vichy. De 1951 à 1977, il animera d’innombrables émissions radiophoniques pour France-Culture. Le Grand prix de poésie de l’Académie française l’honore en 1974, que suivra le prestigieux Grand prix national des lettres en 1977. Soupault reste pourtant citoyen de l’ombre. C’est dire si l’étude documentée de Béatrice Mousli est précieuse, qui conte le destin d’un homme qui avait l’amour et la poésie dans le sang.

Philippe Soupault Béatrice Mousli Flammarion, collection "Grandes biographies" 474 pp., env. 25 €

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