Un Nothomb tout frais

Chaque rentrée littéraire a son Nothomb. La rentrée 2011 devrait être bon à en croire "Tuer le père", l'un de ses meilleurs romans. Déjà, le titre donne envie de le lire car il rappelle son opus initial, "Hygiène de l'assassin", quand elle fit une entrée tonitruante dans le monde des lettres avec l'assassinat virtuel de "l'immense écrivain".

Guy Duplat

Chaque rentrée littéraire a son Nothomb. La rentrée 2011 devrait être bon à en croire "Tuer le père", l'un de ses meilleurs romans. Déjà, le titre donne envie de le lire car il rappelle son opus initial, "Hygiène de l'assassin", quand elle fit une entrée tonitruante dans le monde des lettres avec l'assassinat virtuel de "l'immense écrivain".

Ses fans ne seront pas déboussolés, le livre se lit toujours très vite. Mais, cette fois, il s'oublie moins rapidement. Le décor pouvait apparaître facile : Las Vegas, Reno, le milieu des magiciens et des tricheurs, des croupiers et des hippies avec leurs doses de LSD. Mais ces lieux américains ont leurs nécessités, celles du mensonge, du jeu de la vie et de la mort, de la loterie de la survie. Quand Amélie Nothomb écrit que "le but de la magie est d'amener l'autre à douter du réel", elle frappe juste. Et son propos pourrait s'étendre à la littérature.

Joe est un jeune hyperdoué pour les cartes. Il veut tout apprendre du "vieux" Norman. Entre eux, se noue plus qu'une amitié. Mais dans cet amour maître-élève, dans cette paternité putative, qui est dupe ?

L'originalité et le sel du livre de l'écrivaine aux drôles de chapeaux sont de réinventer la paternité, d'inverser les règles de l'Œdipe freudien.

Norman se sent vraiment le père de Joe quand il se rend compte que celui-ci rue dans les brancards et le rejette. "Tu rejettes ton père, donc tu es mon fils." C'est alors que le père a peur pour lui. Joe dérape dans la délinquance uniquement pour "tuer" le père et celui-ci le comprend : "tu avais tellement besoin de tuer le père. Moi, ce que j'entends dans cet énoncé, c'est que je suis bel et bien ton père et cela me touche".

On parle souvent du drame des enfants rejetés par leurs parents, Nothomb montre que la souffrance d'un père que son enfant (fut-il d'adoption intellectuelle) ne reconnaît pas, est encore plus douloureuse.

Tuer le père Amélie Nothomb Albin Michel 150 pp., env. 16 €

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