La saga des Windsor : le spectacle et ses coulisses

Après celle des Romanov, celle des Habsbourg et celle des Grimaldi, Jean des Cars conte la saga des Windsor - à l'avant-veille des festivités qui, dans quelques semaines, marqueront le 60e anniversaire de règne d'Elizabeth II, née en 1926.

Francis Matthys
La saga des Windsor : le spectacle et ses coulisses
©Ian JONES/POOL/GAMMA

Après celle des Romanov, celle des Habsbourg et celle des Grimaldi, Jean des Cars conte la saga des Windsor - à l'avant-veille des festivités qui, dans quelques semaines, marqueront le 60e anniversaire de règne d'Elizabeth II, née en 1926. Pas encore un record absolu : Victoria régna 64 ans (de 1837 à 1901), François-Joseph fut monarque Habsbourg pendant 68 ans, et Louis XIV régna pendant 72 ans.

Historien, spécialiste des grandes dynasties d'Europe autant que grand journaliste à "Paris Match" et au "Figaro Magazine", témoin privilégié qui rencontra d'innombrables personnalités dont il recueillit des confidences et trace des portraits d'une saisissante justesse, Jean des Cars charme ses lecteurs par sa plume rigoureuse, soucieuse d'exactitude, mais colorée. Si ses essais s'avèrent aussi captivants que des fictions, sans doute est-ce parce que l'érudit biographe de "Sissi ou la Fatalité" et magistral contre-enquêteur de "Rodolphe et les secrets de Mayerling" est le fils de Guy des Cars, dont des romans comme "L'Officier sans nom", "La Corruptrice" ou "Le Château de la Juive" émurent ou enchantèrent des millions de lectrices. Ainsi que le rappelle "La saga des Windsor", la famille "qui incarne tellement le Royaume-Uni dans ses joies comme dans ses malheurs", n'est pas d'origine anglaise, ni galloise, ni écossaise, ni même irlandaise mais allemande : "après les dynasties normandes, Plantagenêt, Lancastre, York, Tudor et Stuart, en 1714, avec le roi George Ier, c'est la maison de Hanovre qui accéda au Trône. Puis, en 1840, le mariage de la jeune Victoria avec le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha renouvela la parentèle germanique de la monarchie anglaise." C'est durant la Première Guerre mondiale que George V (né en 1865, deuxième fils d'Edouard VII) décida de changer de nom de famille, à l'heure où le Royaume-Uni se battait contre les troupes de Guillaume II, petit-fils, par sa mère, de la reine Victoria. Il choisit Windsor, du nom du château/forteresse (aux huit cents pièces) bâti depuis des siècles au sud de Londres, sur la rive droite de la Tamise. Ce changement fut très bien accueilli par la population, d'autant plus que George V tenait à partager les soucis de ses sujets jusqu'aux confins de l'Empire britannique.

Cependant, l'Histoire connaîtrait bientôt un coup de théâtre. Au décès du Roi, en janvier 1936, son fils aîné, le Prince de Galles, lui succéda. On sait ce qu'il adviendra d'Edouard VIII, né en 1894 : éperdument amoureux de Wallis Simpson, une Américaine deux fois divorcée et au passé, dit-on, nébuleux et sulfureux (mais aussi parce que les sympathies d'Edouard pour l'Allemagne nazie n'étaient mystère pour personne ), le nouveau souverain se verra contraint de choisir entre son cœur et la raison d'Etat. Il n'hésitera pas et, à l'issue d'un feuilleton qui bouleversa l'opinion publique internationale, abdiquera le 10 décembre de la même année 36, avant même d'avoir été couronné. Désormais, Edouard et Wallis, duc et duchesse de Windsor, s'établiront en France; ils s'y marieront en Touraine, en juin 37, avant de rendre visite à Hitler, le 22 octobre, dans son "nid d'aigle" de Berchtesgaden.

C'est au tour du frère de ce roi-éclair qui scandalisa de prendre la relève, l'amer dans l'âme : George VI, qui épousa Elizabeth Bowes-Lyon en avril 1923 et dont il aura deux filles (Elizabeth, l'actuelle reine, et Margaret, née en 1930 et décédée en 2002), monte sur le trône au lendemain d'un véritable "séisme". Eclate bientôt la Guerre : refusant de quitter Londres impitoyablement bombardée par l'ennemi, la famille royale se montrera aussi courageuse qu'exemplaire. La vénération du peuple lui est acquise à jamais.

Lorsqu'il s'éteint, le 6 février 1952, à 57 ans à peine, George VI laisse la place à une princesse Elizabeth de 26 ans, mariée depuis novembre 1947 à Philippe Mountbatten (né Philippe de Grèce en 1921), devenu duc d'Edimbourg. Débute alors un règne de bientôt six décennies, exercé avec une maîtrise qui suscite l'admiration. Règne dont Jean des Cars, avec infiniment de tact mais sans complaisance, évoque les heurs et malheurs, notamment l'union de Charles et Diana qui défraya la chronique avant de s'achever en tragédie sur laquelle planent encore des zones d'ombre. A nos yeux, pourtant, ce sont les pages consacrées à l'éphémère Edouard VIII et à la troublante Wallis Simpson qui sont les plus passionnantes. De cet homme, qui ne voulait pas être roi, et de cette femme à laquelle le liait une formidable complicité (comme il en ira, plus tard, pour Charles et Camilla), Jean des Cars en dit autant qu'il en laisse sous-entendre et on lui en sait gré.

Livre de synthèse, dont l'on savoure l'élégance de la langue autant que la vivacité du portraitiste, "La saga des Windsor" offre donc non seulement un spectacle, mais en dévoile des coulisses. Spectacle, oui, puisque le 29 avril 2011, le mariage de William et Kate mobilisa deux milliards de téléspectateurs, dans 180 pays. Quatre fois plus que pour le mariage de Charles et Diana en 1981


La saga des Windsor/Jean des Cars/Perrin, 424 pp., env. 21,90 €


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