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Les étourdissantes facéties d’un piètre monarque

Éric de Bellefroid

Mis en ligne le 16/01/2012

Toujours vive et plaisante, la “Cinquième chronique du règne de Nicolas Ier”.

Patrick Rambaud, de l’académie Goncourt, en est déjà au cinquième tome sur le règne de Nicolas Ier. Mais il ne manque pas de répéter qu’il espère ainsi en avoir terminé avec cette chronique annuelle d’un quinquennat. Reprenant le mot d’ordre qui fit florès lors du dernier "printemps arabe", il ose en effet enjoindre au modèle qui lui inspire ses truculents portraits : "Dégagez, Sire".

Dans l’esprit de Saint-Simon comme de coutume, et en tenant la gageure comme lui de n’être point répétitif, M. Rambaud croque sa victime avec une belle et contagieuse délectation. Car on aurait quelquefois, de fait, quelque remords à ne guère aimer ce personnage juché sur des talons surélevés et affichant au milieu du visage un nez trop long. Surtout lorsqu’il ment, ce qui n’est pas si rare.

En son temps, Napoléon aussi pourtant était petit. Et le général de Gaulle, de même, avait un long nez. Mais, évoquant le grand Charles Ier, fondateur de la Ve dynastie, l’écrivain dit en ces mots : "Notre Prince Inspiré [ ] cherchait l’appui de ce fantôme démesuré qui, en son temps, fut en tout dissemblable de ce qu’il était, tant par sa taille que par sa dimension".

L’histoire demeurera longtemps interpellée par ce qui tant put nous horripiler en la personne du bouillant et brouillon despote. Et par ce qui parvint à le propulser en l’an 2007 à hauteur d’un firmament trop haut pour lui. Sa sublime égérie, au demeurant, n’avait guère tenu un rôle innocent dans cette massive exaspération. "L’allure distante de Madame, selon un institut qui sondait les cœurs, irritait plus d’un sujet sur deux."

Louée complaisamment par quelques artistes pour son "filet de voix", lors que tout en elle sonnait faux, la splendide liane "avait dépensé son automne à gommer les vilaines rumeurs qui pesaient sur l’admirable couple qu’elle formait avec le Prince, lequel n’était à l’évidence que l’appareillage d’une beauté arrangée avec un petit nerveux".

Attaquant Madame de la sorte, on pourrait tenir grief à l’auteur ce faisant de porter au Prince un coup bas, et de frapper sous la ceinture. Mais se souvient-on du mielleux ravissement avec lequel le leader maximus se plut de tout temps à mettre en scène l’union sacrée avec sa tendre moitié, qu’un remuant publiciste, bien connu sur la place de Paris, avait conçue de toutes pièces à la faveur d’un dîner cérémonieusement orchestré ?

Si l’on s’attarde ainsi sur la "vie privée" du guide impérial, c’est qu’il s’en est lui-même abondamment servi pour justifier une politique abondamment mâtinée de manipulation sentimentale et émotionnelle. Même s’il se maintint exceptionnellement discret en la ténébreuse affaire qui valut au champion polisson des sans-culottes, l’archiduc de Washington, de perdre toutes ses chances à la faveur d’une sombre aventure ancillaire qui ne dura pas plus de sept minutes.

Le Château n’en demandait évidemment pas tant, qui put plaider à satiété, mais à mots couverts, que c’était là une affreuse défaite morale pour le Parti social, qu’il pensait intimement vaincu à l’horizon d’un très prochain plébiscite.

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Cinquième chronique du règne de Nicolas Ier Patrick Rambaud Grasset 194 pp., env. 14,50 €

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